ATHLétisme Mondiaux de Daegu (du 27 août au 4 septembre)

Kevin et Jonathan Borlée: "Si nous atteignons la finale, tout est possible"

Kevin et Jonathan Borlée: "Si nous atteignons la finale, tout est possible"

Reporters

Kevin et Jonathan Borlée vont courir « ensemble contre les autres » dès ce dimanche en Corée du Sud. Ils rêvent d’atteindre tous les deux la finale du 400 mètres. Mais comme l’an dernier à Barcelone, le risque de voir le bonheur de l’un amoindri par l’éventuelle déception de l’autre existe.

En l’absence de Tia Hellebaut qui prépare son 2e come-back en vue des Jeux olympiques de Londres mais aussi de Svetlana Bolshakova qui soigne son tendon d’Achille, les jumeaux Borlée sont incontestablement les fers de lance de la délégation belge aux Mondiaux qui débutent aujourd’hui à Daegu en Corée du Sud. Auteurs des deux meilleures performances européennes de l’année (Kevin : 44.74 le 9 juillet à Madrid, soit son record personnel ; Jonathan 44.97 le 23 juillet aux championnats de Belgique, record personnel 44.71 en 2010), les jumeaux bruxellois vont se frotter à la concurrence mondiale sur trois jours. Du moins, on l’espère, car les séries sont programmées demain, les demi-finales lundi et la finale mardi. « Pour atteindre cette dernière, il va falloir courir 44.80 », prédisent les twins.

Vous avez tous les deux déjà couru dans ces temps…

Kevin : Jo et moi, sur base des chronos que nous avons réalisés, avons pour ambition d’atteindre la finale. Mais y parvenir sera plus compliqué que la finale proprement dite. La demi-finale sera notre course la plus importante et la plus compliquée de ces Mondiaux. Par après, tout est possible.

C’est-à-dire ?

Kevin : Tout, même une médaille. Ces championnats du monde seront ceux des surprises. Je ne suis pas certain que Merritt va l’emporter aussi facilement. Il n’a quand même pas pu courir de compétition durant ses 21 mois de suspension.

Jonathan : Oui, mais il reste le favori. Il a l’expérience des championnats du monde et des Jeux olympiques.

Comme par hasard, l’Américain, champion olympique et du monde en titre, a vu sa suspension pour dopage réduite de trois mois pour pouvoir être aux Mondiaux.

Jonathan : L’athlète ne me pose pas de problème en soi, mais bien la décision de la Fédération internationale. Merritt a été contrôlé positif à trois reprises à cause du même produit. Je ne comprends pas pourquoi on a fixé par après le début de sa suspension au premier contrôle. Pour moi, ça veut dire : vous pouvez être positif mais continuer à courir pendant plusieurs mois jusqu’à ce que vous subissiez un nouveau test positif.

Kevin : On est plus sévère avec d’autres athlètes. On a l’impression qu’il y a deux poids deux mesures. Voilà le problème. Cela dit, je peux comprendre qu’on commette des erreurs.

Que voulez-vous dire par là ?

Kevin : Ne me comprenez pas mal : les tricheurs doivent être punis, mais ça ne me pose pas de problème qu’un athlète qui a été pris pour dopage, reçoive une deuxième chance après sa suspension.

Jonathan : Je peux comprendre que des athlètes se dopent. Pour certains, ça leur permet de bien vivre au lieu de survivre. Les jumeaux américains Harrison (NDLR : ex-spécialistes du 400 m, convaincus de dopage en 2003) ont vécu dans une voiture jusqu’à l’âge de 16 ans, et voulaient gravir les échelons sociaux grâce au sport.

Kevin et Jonathan (quasi simultanément) : Mais que les choses soient bien claires : on est contre le dopage !

Vous courez très rarement l’un contre l’autre. Mais malgré vos énormes soutiens mutuels, vous risquez quand même d’être adversaires à Daegu. Non pas lors des trois demi-finales lundi puisque les athlètes d’un même pays ne figurent pas dans la même course mais bien en finale mardi. Ça doit être un sentiment bizarre, non ?

Jonathan : On ne court pas l’un contre l’autre, mais ensemble contre les autres. Nous possédons deux chances de remporter une médaille, les autres une seule.

Ça peut néanmoins conduire à des images très étonnantes, comme celles vues l’an dernier à l’Euro de Barcelone. Kevin, vous étiez super-heureux d’être champion d’Europe et en même temps triste pour votre frère passé à côté de sa finale. Vous Jonathan, vous étiez très déçu et simultanément super-content pour votre frère.

Jonathan : C’est une situation qui peut se reproduire. Seul l’un de nous deux peut être en finale cette fois-ci. Et la déception sera toujours aussi grande.

Kevin : La situation sera toutefois différente si on figure tous les deux en finale et que l’un monte sur le podium et l’autre finit dernier. Ce sera plus facile à digérer que de ne voir qu’un seul de nous deux en finale.

Donc, vous signerez à deux mains pour revivre le même scénario qu’à Barcelone.

Kevin : Je signerais même tout de suite pour un scénario inverse : Jo champion du monde et moi terminant 6e ou 7e en finale. Ce serait génial !

Jonathan : Je signe aussi pour Kevin champion du monde et moi 6e ou 7e. Directement.

Mais de manière plus réaliste, qu’est ce qui paraît possible ?

Jonathan : Il faut bien comprendre qu’il s’agit non pas d’un Euro mais bien de Mondiaux. Atteindre la finale, au risque de me répéter, reste notre objectif. Y finir 6e ou 7e serait déjà super. Mais encore une fois, tout est possible.

Kevin : Le 400 m, c’est comme une partie de poker. Il y a une part de stratégie. Il faut savoir quand tu dois jeter tes atouts sur la table. Les muscles se raidissent à la fin, tu as l’impression que tu n’avances plus et tu recherches réellement ton ultime souffle. L’accession à la finale peut se jouer à deux centièmes.

Sur le plan individuel, vous avez laissé une belle impression jusqu’à présent durant cet été. Mais pour le relais 4x400 mètres, les autres membres n’ont pas accompli les progrès espérés. Ça vous chagrine ?

Kevin : Pourquoi devrions-nous nous faire des soucis ? Ça ne dépend pas de nous deux. On ne peut presque rien y faire si les autres Belges ne descendent pas sous les 46 secondes (NDLR : ils sont même bien au-dessus cet été). On peut seulement les motiver et les encourager pour espérer continuer à jouer un rôle sur la scène mondiale.

Jonathan : Même si je m’entraîne comme un fou durant toute l’année pour le 400 m individuel, je considère le relais, et le sentiment d’appartenance à un groupe qu’il procure, comme quelque chose d’incroyable. Ce 4x400, c’est une équipe de copains.

Votre père et coach cherche à entretenir ces sentiments en programmant des sessions de team building. En fin d’année, vous allez partir au Groenland avec l’expéditeur Alain Hubert. Ça ne vous arrive pas de parfois penser : mais avec quoi vient-il là ?

Kevin : Non, au contraire, c’est super-cool de pouvoir accomplir des choses avec une bande de copains.

Vous ne pouvez toutefois pas tout faire… Votre père vous interdit d’assouvir une passion, non ?

Kevin : Nous sommes de grands fans de Michaël Schumacher et on apprécie beaucoup la Formule 1. Même si on vit une partie de l’année aux États-Unis, l’IndyCar ne nous passionne pas. C’est vrai que j’aimerais beaucoup rouler sur un circuit dans un bolide ou une belle voiture de sport. Mais papa me l’interdit. Idem pour la moto. On aimerait en posséder une, mais il nous l’interdit tant qu’on court. La seule chose permise, c’est le karting. On en fait assez souvent.

Et qui est le plus rapide ?

Jonathan : Ça dépend. Tantôt l’un, tantôt l’autre. Comme sur une piste d’athlétisme. ¦