judiciaire

450 Belges sur écoute chaque mois

450 Belges sur écoute chaque mois

Fotolia

Les écoutes téléphoniques sont de plus en plus pratiquées par la police. Une hausse de 1 787 interceptions en 2010 par rapport à 2007.

« On a pu analyser les communications téléphoniques de certains jeunes et ça commence à se préciser nettement ». Voilà ce que le bourgmestre d’Erquelinnes, David Lavaux (cdH) déclarait mardi après le troisième incendie d’origine criminelle intervenu dans sa commune. Des mineurs mis sur écoute ? La méthode n’est-elle fort intrusive ?

Les écoutes téléphoniques se pratiquent désormais couramment en Belgique. Elles sont même en hausse constante. De 3 603 écoutes téléphoniques menées en 2007, on est passé à 5 390 écoutes en 2010. La Police effectue ainsi près de 450 écoutes téléphoniques par mois.

N’importe quel citoyen belge peut ainsi être mis sur écoute. Mineur comme majeur, aucune différence n’est faite, comme le confirme la porte-parole de la Police fédérale. Les écoutes téléphoniques sont une méthode de recherche classique et utilisée sans restriction. Il suffit qu’un juge d’instruction donne son accord (un mandat) dans le cadre d’une enquête.

Le système central d’interception technique de la police fédérale a été créé en 2003, moins de deux ans après les attentats du 11 septembre. Cette « chambre d’écoute » intercepte et observe les communications passant par les lignes téléphoniques fixes, les GSM mais aussi les SMS ou les mails.

« Ce qu’on voit à la télé se passe désormais dans nos vies »

Les écoutes téléphoniques sont en fait un moyen simple et très efficace pour obtenir la preuve d’une infraction. Produit au tribunal, le résultat d’une écoute constituera une preuve implacable. « C’est devenu un moyen classique et presque banalisé de recherche. Les écoutes sont systématiques dans les dossiers terroristes, de criminalité organisée ou d’association de malfaiteurs. Mais pas uniquement… », confirme Maître Christophe Marchand, par ailleurs administrateur de la Ligue des droits de l’homme.

« Ca coûte très cher à l’État. Mais il y a surtout très peu de contrôles de ces méthodes d’enquête. On est entré dans l’ère du film américain sans le savoir. Ce qu’on voit à la télé, ça se passe désormais dans nos vies de tous les jours. Et cela m’inquiète, ajoute ce spécialiste du droit pénal. Car il y a une absence complète de notification de la personne qui a fait l’objet d’une telle mesure ». Enclair, si rien de probant ne ressort des écoutes menées et si des poursuites ne sont pas entamées, la personne mise sur écoute ne le saura jamais.

Des altermondialistes qui en avaient fait les frais à Liège en 2001 ont d’ailleurs rué dans les brancards jusqu’à obtenir gain de cause. Parmi les quatre suspects (blanchis par la suite), on trouvait un certain Raoul Hedebouw, devenu depuis président du PTB (parti des travailleurs de Belgique). Ces activistes ont intenté, avec succès, un procès contre l’État belge pour dénoncer un procédé disproportionné. Depuis, les mises sous écoutes n’ont fait qu’augmenter.

Les écoutes sont impossibles à détecter pour celui qui en est victime. Les écoutes sont désormais réalisées par un programme informatique et non plus sur une ligne téléphonique. Seules les communications via « Skype » échapperaient encore au contrôle complet. Mais il ne faut pas se leurrer : les vrais criminels savent parfaitement qu’ils peuvent être contrôlés. Ils savent aussi comment contourner l’obstacle.¦