Commentaire: Un peuple jeune

Reporters

La « Fête nationale » sonne faux. Comme la peau déchirée d’un tambour, sur la place des Palais.

Comment faire la « fête » lorsque les esprits sont moroses, lorsque c’est le doute qui domine ?

Comment peut-elle être encore « nationale », cette fête, alors que les deux communautés se tournent le dos, depuis des mois, depuis des années ?

En tant que Wallons et en tant que francophones, nous nous sentons doublement victimes. D’abord parce que nous avons toujours exprimé notre attachement, notre loyauté à l’État belge et aux institutions qui l’incarnent. Ensuite parce que nous avons le sentiment d’avoir accompli des efforts titanesques, au cours des derniers mois, pour satisfaire les exigences de nos amis flamands et continuer à écrire l’histoire avec eux, dans la longue aventure d’une Belgique fédérale.

Rien n’y fait, pourtant ! Nous en dressons tous le constat : entre le nord et le sud, ce ne sera jamais plus comme avant. Rien ni personne ne pourra empêcher la Flandre de vivre sa vie, de façon toujours plus autonome, quelles que soient les solutions de sauvetage qui pourraient être imaginées et difficilement adoptées.

Il revient donc, aux Wallons, d’en prendre leur parti et de reconsidérer la situation avec un regard différent. De ne plus se maintenir dans la position du conjoint malmené et à demi délaissé. De ne plus se limiter à des tentatives de sauvegarde permanente, à du replâtrage. De ne pas avoir pour unique préoccupation de préserver des acquis. De ne plus se battre pour des causes désespérées.

Il revient aux Wallons de construire un modèle différent, qu’ils auront choisi et qui ne leur sera pas imposé par d’autres. De voir les choses avec un regard neuf. De définir leur identité, leurs relations avec le monde, en partant de ce qu’ils sont. D’oser la fierté, de miser sur la fraternité et de faire preuve de rigueur. D’élaborer des projets conquérants. De se tourner vers l’avenir, avec la richesse de leur passé, la diversité de leur culture, leur savoir-faire et leur enthousiasme, plutôt que de se tourmenter éternellement de ce qu’ils ont perdu.

Les Wallons sont un peuple jeune mais ils doivent encore faire la démonstration qu’ils ne sont pas une nation fatiguée, déboussolée, anéantie.

Et ils retrouveront aussi le sens de la fête.