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Vaccins : la face cachée de l’alun

Vaccins : la face cachée de l’alun

On vient de découvrir que l’alun, adjuvant habituel des vaccins, poussait l’ADN à sortir des cellules.

C’est un adjuvant vaccinal ultra-connu. Des chercheurs viennent pourtant de lui découvrir une vertu cachée : l’alun pousse l’ADN hors des cellules.

L’alun n’est pas seulement connu pour ses vertus astringentes, qui l’ont hissé en bonne place dans l’industrie du cosmétique (déodorants), ou encore pour ses propriétés hémostatiques bien connues des utilisateurs « de rasoirs qui coupent encore ».

Chimiquement, c’est le plus vieil adjuvant vaccinal au monde. On utilise ce sel d’aluminium depuis les années 30. Les chercheurs du laboratoire de Physiologie cellulaire et moléculaire de l’Université de Liège viennent néanmoins de découvrir un effet inattendu : l’alun injecté avec un vaccin incite les cellules du corps à cracher leur ADN.

Et alors ? Alors, c’est tout bénéfice pour l’organisme, parce que l’ADN expulsé de son noyau cellulaire va, lui-même, stimuler l’immunité du système.

«C’est peut-être la cellule elle-même qui décide de se détruire et de cracher son ADN. On a l’impression que c’est… voulu. Il faudrait encore confirmer ce point. Mais on savait déjà que les cellules pouvaient relâcher leur ADN pour bloquer des bactéries », explique le Dr Desmet, chercheur en post-doctorat au laboratoire de Physiologie cellulaire et moléculaire.

L’alun est utilisé dans 80 % des vaccins avec adjuvant chimique. « Ces recherches vont nous permettre de nous affranchir de l’alun », poursuit le chercheur.

Parce qu’il ne serait pas aussi inoffensif qu’on le dit ? Il y avait eu cette polémique autour d’un vaccin contre l’anthrax, injecté à des soldats américains en Irak. « Non. On a 100 ans de recul sur l’utilisation du sel d’aluminium. Aucune étude un peu étayée ne remet en cause son innocuité, assure le Dr Christophe Desmet. Sauf utilisation très intensive, l’alun est un adjuvant très sûr. »

Vers des vaccins plus ciblés

Alors, pourquoi se priver d’un produit dont on découvre qu’il suscite la réaction des cellules et entraîne la libération de l’ADN ? « Parce que, si l’alun permet de lutter efficacement contre les microbes hors cellules, ça ne fonctionne pas pour les pathogènes qui se cachent dans la cellule elle-même. C’est le cas de la malaria, par exemple. Il faut donc d’autres types d’adjuvants. Sur ce plan, nos recherches représentent une avancée : on a trouvé pratiquement le signal initial qui déclenche toute la cascade », s’enthousiasme Christophe Desmet.

Or, il se fait que toute la cascade de la réaction immunitaire n’est pas nécessaire : certains anticorps induits par le mécanisme sont utiles, d’autres pas. « On préférerait se passer de ces derniers. Alors, puisque ces recherches nous permettent de mieux comprendre le mécanisme, on va maintenant tenter d’identifier les parties de la cascade qui mènent aux anticorps utiles et faire en sorte de n’induire que ceux-là. C’est ce qui permettrait d’aller vers des réponses vaccinales plus ciblées, plus protectrices. C’est un pas en avant pour créer de nouveaux adjuvants pour les futurs vaccins. »

Les résultats de cette étude ont été publiés dimanche dans la revue scientifique Nature Medicine. Sous la direction du professeur Fabrice Bureau, les chercheurs du labo liégeois Thomas Marichal et Christophe Desmet ont travaillé avec un autre spécialiste des adjuvants, le professeur Ken Ishii, à l’université d’Osaka au Japon. Lauriers partagés…¦