Des milliers de hannetons

Antennes en lamelles, pointe au bout de l’abdomen, couleur brunâtre… Dites bonjour au hanneton.

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Les hannetons sont de retour. Dans certains coins, on les compte par centaines, par milliers. Une invasion sans conséquence, si ce n’est à l’heure de boire le pastis..

Regardez bien cette photo… Cils de star, grands yeux noirs passés au gloss, chevelure de sage… Belle gueule, non ? Bon, c’est vrai : ses grosses pattes poilues et crochues lui donnent un air d’alien. Il n’en n’a pourtant pas le caractère : plutôt phytophage, extrêmement débonnaire, ne possédant pas de dard, le hanneton n’est pas dangereux pour l’homme, pas nuisible pour les animaux.

« Je n’avais jamais vu ça »

Seul problème : son éclosion super-synchronisée cette année, à cause des fortes chaleurs du printemps. Au point que certains abords de maisons ressemblent à une ruche dans laquelle on aurait trébuché.

« Ils sortent tous les soirs, peu après le coucher de soleil, explique Benoît (Namur). Je n’avais jamais vu ça. Ils sont des centaines, voire des milliers, à tourbillonner autour des arbres et des toits des maisons du quartier. Ou autour de vous, dès que vous mettez un pied dehors. Tout juste si on peut encore prendre le pastis tranquillement. »

Une boisson à base d’eau, certes, mais dont on connaît les méfaits des herbes en cas de consommation enthousiaste. Ce n’est toutefois pas le cas ici. Aux facultés de Gembloux, on explique le phénomène de façon scientifique.

« Le cycle de reproduction du hanneton est assez particulier, explique Frédéric Françis, professeur d’entomologie à Gembloux Agro-Bio Tech (ULg). Après la ponte – qui se fait dans le sol-, les larves s’y développent durant trois ans. Et c’est au bout de cette troisième année, au printemps, souvent entre mai et juin, que les adultes sortent. »

Le printemps chaud que l’on a connu a donc fait le reste. Les températures ont agi sur la maturation des larves.

« Des changements de températures marqués ou un temps moins bon auraient amené un étalement un plus long entre ces éclosions,développe Frédéric Francis. Mais ici, ce coup de pouce a entraîné leur synchronisation. »

Comme des bombardiers

Conséquence : des milliers de bestioles sont sorties de terre et ont fait leur premier vol en même temps. Et là, rien à voir avec la trajectoire précise de la guêpe.

« Ils sont assez patauds, note Benoît, qui, visiblement, a passé pas mal de temps à les observer. Leur vol est assez lourd, ; ils ont du mal à éviter un obstacle imprévu. Si vous vous baladez dans le jardin à la tombée du jour, c’est clair : vous en prenez systématiquement dans la figure. »

Une collision qui peut faire peur : avec leur gros corps (entre 2 et 3 cm de long, pour un de large) et leur vol assez lent, les hannetons ont tout du bombardier. D’autant que leur vrombissement fait inévitablement penser à un moteur diesel des années 70. « Mais il n’y a aucune crainte à avoir, rappelle encore Frédéric Francis. Ils sont vraiment inoffensifs. »¦