Akro teinte son hip-hop en bleu

La sortie de « Bleu électrique » coïncide avec une période charnière de la vie d’Akro.

Ex-membre de Starflam, le Bruxellois Akroa publié dernièrement « Bleu électrique », un album de hip-hop mâtiné de blues, plus abordable, avec « une plume au service de la vie ».

Dans le monde du rap, il y a les rois de la provoc’, ceux qui distillent à longueur de textes des phrases assassines contre les flics et tout ce qui représente l’autorité. Puis il y a les défenseurs d’un rap intelligent, qui posent un regard – pas complaisant – sur leur propre boulot, qui s’interrogent sur le futur, se nourrissent des autres influences musicales pour enrichir une musique souvent cantonnée – à tort – à une succession de samples sur un beat répétitif. Clairement, Akro (Thomas Duprel au civil), ex-Starflam, s’inscrit dans cette seconde catégorie. Son album Bleu électrique, sorti dernièrement, surfe sur une jolie ambiance blues-jazz. « Je voulais avoir un album beaucoup plus musical que ce que j’ai pu faire avant. Cela reste du rap, mais finalement le rap, c’est une forme de chanson française. Et puis il y a le côté blues qui est instauré dès le départ, mais après, chaque titre est différent… »

Si le DJ reste présent et envoie des loops de batteries, ça groove derrière avec l’emploi de véritables instruments. « Il y a cette volonté d’avoir un produit un peu hybride, avec la rigueur dans la rythmique du hip-hop, mais avec la chaleur musicale. » Si cela a amené Akro à faire des mélodies plus chantées, cela n’a rien changé quant à l’écriture du rappeur, toujours aussi précise dans le fond ou la forme. Même si, comme il le dit lui-même, il a mis de l’eau dans son flow.

« Ce que je veux dire, c’est qu’il y a plus de maturité. Ce n’est pas un flow qui veut aller chercher l’agressivité, mais c’est plus une plume qui est au service de la vie que je mène aujourd’hui. J’ai 34 ans, je parle du décès de mon père, je parle de l’arrivée de ma fille aussi… C’était un moment charnière de ma vie. Si on véhicule un discours qui n’est plus en en phase avec ce que l’on est pour toucher des teenagers, cela se sent et c’est faux ! Il y avait des morceaux de NTM qui parlaient aux ados alors qu’ils avaient 40 berges, et je n’avais pas envie de reproduire ça… »

Sur Bleu électrique, Akro chante Bruxelles plurielle, hommage à sa ville après ceux rendus par Brel, Dick Annegarn, Benabar ou Marie Warnant. « C’est une ville qui est en perpétuelle transition, avec pas mal de cultures qui se croisent. J’ai aimé grandir dans cette ville. J’ai fait un morceau sur mon premier album qui s’appelait Bitches from Brussels qui était un peu plus rentre-dedans, et il fallait que je fasse la face B, avec un côté plus mélancolique. C’est une ville que l’on critique quand on y est, mais qui manque terriblement quand on y est plus… »

Ce disque, Akro ne peut pas dire qu’il ne lui ressemble pas, puisqu’il l’a entièrement produit. Revers de la médaille : il faut se battre pour en vivre. « Si on veut une formule live intéressante avec des musiciens, des vidéos, un décor, un néon sur scène…, on se retrouve avec 200 € en poche. Si on en fait tous les jours, ça va, si c’est deux concerts par mois par contre… Aujourd’hui, sur le marché belge, tu dois avant tout faire la musique avec passion. »

Si l’album se veut ouvert à un plus large public, le rappeur sait bien qu’il n’en vendra pas des milliers. « À moins de faire un tube à la Stromae, aujourd’hui on fait surtout un disque pour faire des concerts. » Stromae, Akro l’a vu grandir, puisqu’ils ont collaboré sur son précédent album Akro au Crunk, sorti en 2008. « Il y faisait un freestyle où il disait‘Stromae, toute petite carrière, tout petit derrière.’ Et en un album, il nous a doublés tous ! Je savais qu’il avait du talent et je respecte beaucoup son travail. C’est assez sombre, mais c’est intéressant. » ¦

Akro, « Bleu Électrique », SKINFAMA/V2. En concert aux Fêtes de la musique à Bruxelles, place des Palais (18/06, 17 h), au Brussels Summer Festival (13/08, 19 h 30), au Centre culturel de Jette (13/10). www.myspace.com/akrosolo