Abus sexuels

L’Église s’engage à indemniser

L’Église s’engage à indemniser

« Il faut maintenant mettre rapidement le tribunal arbitral sur pied », insiste Karine Lalieux

Belga

L’Église s’est engagée à indemniser les victimes d’abus sexuels anciens. Karin Lalieux appelle à la mise sur pied rapide d’un tribunal arbitral.

Les mots ont été longs à sortir, mais ils sont nets : les évêques et supérieurs religieux s’affichent « conscients de leur responsabilité morale et de l’attente de la société à leur égard ». Ils saluent « le courage des victimes » de faits d’autant plus consternants que les abus sexuels qu’elles ont subis ont été le fait de « membres du clergé et des communautés religieuses ». Et dans la foulée s’engagent non seulement à les « rétablir dans leur dignité », mais aussi à leur « procurer des indemnités financières selon leurs besoins ». L’Église de Belgique accepte donc le principe du tribunal arbitral, qui lui a été proposé, le 30 mars dernier, par la commission parlementaire sur les abus sexuels, dont elle salue « l’important travail ».

Des membres de cette commission – Christian Brotcorne (cdH), Marie-Christine Marghem (MR) – s’en réjouissent. Sa présidente, Karine Lalieux (PS), relève que « pour toute la première fois, l’Église place les victimes au centre de ses préoccupations. Et surtout elle annonce son intention de les indemniser ».

C’est, pour vous, le résultat du travail de la commission que vous avez présidée ? On a dit que l’Église ne pouvait pas refuser votre proposition de tribunal arbitral…

Cette évolution résulte évidemment du travail de grande qualité fourni par l’ensemble de la commission parlementaire. La proposition de tribunal arbitral figurait parmi les suggestions de son rapport, et elle était particulièrement étayée.

Il a fallu plus d’un mois à l’Église pour accepter cette proposition. Cela ne vous a-t-il pas paru fort long ?

Cela a pris un certain temps, c’est certain, mais on peut comprendre que l’Église a dû mettre d’accord tous les évêques et les responsables de congrégations religieuses, et l’essentiel n’est plus là. Le premier pas franchi, il faut maintenant franchir rapidement le deuxième, avec la mise sur pied effective de ce tribunal arbitral, dont l’Église vient d’admettre le principe. Nous disposons déjà de nos experts, elle va désigner les siens, et on espère que ces experts travailleront avec diligence pour lancer les travaux de ce tribunal.

La mise sur pied de ce tribunal arbitral postule-t-elle que l’arrêt des procédures lancées contre l’Église ?

Absolument pas ! Les affaires judiciaires sont les affaires judiciaires, et elles suivent leur cours. Le tribunal arbitral, pour rappel, vise les faits pénalement prescrits : il s’adresse aux victimes du passé, qui n’auraient jamais pu prétendre à la moindre indemnisation, afin de les aider à obtenir la réparation nécessaire.

Vous présidez aujourd’hui la commission de suivi en matière d’abus sexuels. Il vous reste du travail…

Nous sommes déjà à l’ouvrage ! Nous nous réunissions chaque mercredi midi ; et nous avons entendu les rapports de nos experts. Nous avons aussi auditionné le ministre de la Justice, et allons entendre la ministre de l’Intérieur. Car il y a des mesures à prendre en matière judiciaire, au niveau de la police, ou encore sur le plan législatif. Les Communautés sont aussi impliquées dans des pistes suggérées par la commission spéciale. Les abus sexuels au sein de l’Église ont occupé une grande part de ses travaux ; mais elle a balayé beaucoup plus large. ¦