Catherine Ringer : « Mon cœur s’est allumé »

Trois ans et demi après le décès de Fred Chichin, Catherine Ringer publie « Ring n’ Roll », 1er album solo qui explore différentes formes musicales, allant du punk au rock. Fantasque et touchant.

Catherine Ringer, quand Mark Plati est venu vous trouver en 2008 pour venir « faire de la musique tranquillou », vous lui répondez quoi ?

Que je n’ai rien envie de spécial, que je suis en tournée… Il m’a dit que cela pourrait être bien et donc je lui dis oui, en fait…

Avec l’idée de composer pour un album ?

Non, vraiment de faire de la musique pour le plaisir, parce qu’à ce moment, je n’en avais pas… Après, on sait qu’avec Mark Plati, s’il y a des bons trucs qui sortent, il va vous le dire… Mais bon, au départ, il n’était pas question d’enregistrer.

Et donc quand un album sort deux ans et demi plus tard, il faut parler de quoi ? D’un miracle ?

Les muses étaient là et m’ont visitée ! Cela m’a redonné de l’envie… J’ai fait écouter autour de moi les six morceaux écrits avec Mark et tout le monde a été enthousiaste.

Vous avez eu des doutes sur votre capacité à prendre toute la réalisation en main ?

Fred m’a toujours poussée à regarder ce que j’étais capable de faire seule. Il me disait : « T’es une bonne compositrice, tu joues bien des instruments, tu as de l’expression, continue à trouver des trucs… » Par contre, je ne savais pas si j’étais capable de gérer tout d’un bout à l’autre, la production générale… Puis je me suis rendue compte que j’avais beaucoup d’expérience…

On ne vous imaginait pas multi-instrumentiste : bassiste, percussionniste, claviériste, flûtiste même !

La flûte, c’est mon premier instrument. Le pipeau quoi… Le vulgus pipeautus (rires). J’en avais mis souvent dans les albums, mais jamais de façon aussi visible…

Ce morceau, « Got it sweet », m’a fait penser à la période hippie fin des années 60, début des années 70…

Oui, c’est vrai, c’est le moment où j’étais adolescente…

On fumait un joint et on jouait de la flûte…

Non, j’avais trois ans quand j’ai commencé la flûte, je ne fumais pas encore à cet âge-là (rires). Plus sérieusement, la flûte est un instrument qui vous élève mentalement… C’est un instrument de transe. On s’évade de la réalité quotidienne.

Le bonheur qui se dégage à l’écoute…

Il est venu naturellement. Le fait d’avoir frôlé la mort ou de l’avoir vécue, on a de l’amour pour la vie. À moins d’être en révolte contre cette mort. Moi, je ne le suis pas. Cela a été très dur, on a tous été fracassés, écrasés de surprise… Après, il faut avancer. Et la joie de vivre dans la musique vous aide aussi. Dans Vive l’amour, quand la petite jeune fille raconte qu’elle est amoureuse, ce n’est pas moi qui suis dans cet état-là. Moi, je l’écoute raconter et je profite de sa joie. Comme on profite de la beauté d’une fleur et de son parfum. On prend autour de soi les bonnes choses de la vie, tout en faisant le deuil. Le deuil fait partie de l’aptitude à pouvoir reprendre goût à la vie et de ne pas uniquement être écrasée de chagrin.

Cela a changé votre façon d’appréhender la vie ?

Oui… Mais ce n’est pas la première mort proche que je vis… Mais c’est vrai que chaque fois, on se rend compte qu’il faut bien être dans le présent, et pas toujours dans le passé… Il ne faut pas toujours être dans la lune… Bien que des fois, ce soit bien d’y être, même sans la Nasa…

Votre premier single s’intitule « Pardon ». Vous en avez marre des gens qui s’excusent tout le temps ?

Pour rien, oui. J’ai senti ça comme quelque chose de toxique là-dedans. Et puis, on m’a fait demander pardon alors que je n’étais pas en tort. J’avais l’impression de m’être fait avoir… Pendant la création de l’album, je me suis dit que c’était un bon thème de chanson.

Vous pardonnez facilement ?

Ça dépend quoi, mais oui… Je pardonne quand même. Pourquoi, vous avez fait quelque chose ? (rires)

Non, je ne crois pas (rires)… « Mahler » est un morceau qui parle de Fred. Comment est venu ce morceau ?

Après avoir écrit plusieurs textes en hommag