Italie

Berlusconi perd Milan et Naples

Berlusconi perd Milan et Naples

En sortant des urnes dimanche, Silvio Berlusconi n’arborait déjà plus son légendaire sourire. Un signe ?

Associated Press / Reporters

La droite italienne a perdu les élections municipales. Naples et surtout Milan seront gouvernées par la gauche. Un revers de taille pour Silvio Berlusconi.

C’est un véritable camouflet qu’a subi Silvio Berlusconi, le chef du gouvernement italien, à l’occasion du second tour des élections municipales en Italie. Alors qu’il y a quelques semaines encore, peu de gens auraient osé parier sur le candidat de la gauche, Giuliano Pisapia, c’est finalement bien ce dernier qui l’a emporté. Le revers pourrait laisser des traces au sein de la majorité gouvernementale.

1. Victoire de la gauche Plusieurs millions d’Italiens étaient hier appelés aux urnes pour se choisir un nouveau « sindaco » (maire). Mais tous les regards étaient tournés vers la ville de Naples et, surtout, celle de Milan où l’élection avait valeur de test pour Silvio Berlusconi, originaire de la riche cité lombarde.

Et il semble bien que l’histoire d’amour entre les Milanais et leur illustre concitoyen ait pris fin. La candidate du PDL (Il Popolo della Libertà, droite), Letizia Moratti, a été balayée par Giuliano Pisapia, candidat de la gauche, avocat pénaliste de profession.

À Naples aussi, comme à Turin et Bologne deux semaines avant, c’est le candidat de l’opposition qui l’a emporté.

2. Un échec pour Berlusconi Le passage dans les mains de l’opposition de Milan fait office de symbole. Il faut dire que la campagne y a été particulièrement violente. Le Cavaliere allant jusqu’à affirmer que, si la gauche l’emportait, Milan deviendrait une « ville islamique » ou encore que «Milan ne peut devenir une ville remplie de Roms et assiégée par les étrangers».

Mais le discours n’a cette fois pas fait mouche auprès des Milanais qui ont préféré faire confiance à un candidat jusqu’à il y a peu encore méconnu, mais qui l’a emporté avec 55,10 % des suffrages. L’homme a su mobiliser les foules en proposant un projet, centré sur la lutte contre les inégalités et l’intégration des minorités. Un projet rassembleur là où le camp adverse a préféré jouer sur la peur.

3. Victoire de l’opposition Mais si l’opposition peut se réjouir de ces deux victoires symboliques, elle ne doit pas pour autant crier victoire. Car, tant à Milan qu’à Naples, ce sont des candidats extérieurs au Partito Democratico (PD) qui l’ont emporté. Grâce à l’apport des voix issues d’un troisième camp, le « terzo polo », comme le souligne le politologue Christian Franck.

« C’est une des leçons de ce scrutin. Le report des voix du candidat du terzo polo a manifestement bénéficié au candidat du centre gauche Pisapia. Et c’est la même chose à Naples. » Un troisième courant dont une partie, jusqu’à il y a peu, partageait encore le pouvoir avec la coalition de Silvio Berlusconi. C’est le cas de Gianfranco Fini qui est entré en dissidence en septembre dernier.

4. Et maintenant ? Quelles seront les conséquences de cette défaite sur la coalition au pouvoir ? Pour M. Franck, « Berlusconi ne produit peut-être plus son effet. Son discours ne passe plus chez les générations les plus jeunes. » La débâcle électorale pourrait alors se transformer en crise interne, à l’intérieur de la coalition. « On peut se demander si Berlusconi va pouvoir maintenir la ligne, en disant que c’est un scrutin local sans importance, ou bien s’il va y avoir tellement de remous que ça va provoquer une crise forte, y compris du leadership de Berlusconi au sein de son propre parti. » ¦