Jazz

« Tutu », vingt-cinq ans après

Marcus Miller donne une nouvelle lecture passionnante pour les 25 ans de la sortie de « Tutu », album mythique de Miles Davis.

Compositeur, arrangeur, musicien et coproducteur de « Tutu », un des albums mythiques de Miles Davis, Marcus Miller en donne une nouvelle lecture passionnante pour les 25 ans de sa sortie. Plus de 400 enregistrements avec Frank Sinatra, Aretha Franklin, Bryan Ferry, Elton John, Roberta Flack… Marcus Miller compile une des bios les plus impressionnantes de la musique de ces trente dernières années.

Sa collaboration avec Miles Davis dans les années 80 fait sans aucun doute office de référence absolue dans un parcours hors normes, et l’album Tutusymbolise cette période jazz-funk électro du trompettiste. Marcus Miller, compositeur et co-producteur de l’album paru en 86, rejoue aujourd’hui cette musique dans son nouveau double CD Tutu Revisited.

Parlez-nous un peu de la façon dont ça s’est passé avec Miles Davis : Tutu n’était pas votre première collaboration ?

Non, j’ai joué pour la première fois sur The Man With The Horn en 81, puis sur We Want Miles… j’ai fait plusieurs albums avec lui avant Tutu.

Cet album a tout de même été une expérience très particulière ?

Oui, les claviers, boîtes à rythmes etc.ont été enregistrés avant que Miles n’entre en studio ; ne pas se trouver en studio face à d’autres musiciens n’était vraiment pas habituel pour un jazzman à l’époque, mais Miles m’a fait entière confiance et est tout de suite entré dans la musique.

Reprendre Tutu aujourd’hui, un album tellement marquant dans la discographie de Miles, vous n’avez pas hésité ?

Si car Miles détestait revenir en arrière, son style était d’aller vers l’avant. Mais c’est l’exposition We Want Miles à la Cité de la Musique à Paris qui m’a fait changer d’avis, j’ai été impressionné par cette exposition magnifique ; j’ai alors pensé à Tutu et je me suis dit que si je reprenais cette musique avec des jeunes musiciens qui n’étaient pas nés lors de la sortie de l’album, cela donnerait sans doute une nouvelle ouverture.

Ce projet devait être un one shot ?

Oui, ça devait être joué une fois à Paris, mais les promoteurs se sont montrés intéressés et c’est devenu une tournée de quatre mois. Le Cd témoigne d’un concert donné à Lyon.

Comment avez-vous abordé ce répertoire vieux de 25 ans ?

Vous savez, le Tutu original avait un style très particulier à cause de l’aspect techno, machines, synthétiseurs, et mes jeunes musiciens ne mesuraient pas vraiment ce qu’il y avait comme musique à l’intérieur de cet album ; quand ils ont commencé à la décortiquer, c’était difficile pour eux, dans un premier temps, nous l’avons d’abord jouée à l’identique, note pour note, et ils ont développé un vrai respect pour cette musique. Aujourd’hui, ça me plaît de faire découvrir au public le son de ces morceaux tels que je les ai composés, sans lien avec la musique électrique, sans les synthés, c’est simplement de la musique.

L’album porte le titre d’une de vos compositions : Tutu.

J’ai écrit ce morceau en hommage à Desmond Tutu parce que j’étais très marqué par ce qui se passait en Afrique du Sud dans les années 80, mais c’est Miles qui a décidé d’en faire le titre de l’album, il éprouvait le même sentiment que moi et trouvait cela très puissant.

« Full Nelson » est lui un hommage à Nelson Mandela ?

Full Nelson est un triple hommage : il y a Nelson Mandela bien sûr, mais aussi un hommage à un standard du jazz, Half Nelson, une composition de Miles, et puis c’est aussi une référence à Prince dont le nom complet est Prince Rogers Nelson.

Le double album et le DVD témoignent d’un concert donné lors de la tournée Tutu Revisited à Lyon le 22 décembre 2009 plus un documentaire, Miles and Me filmé à la Cité de la Musique. Un hommage à la fois nostalgique et complètement contemporain où Christian Scott symbolise un renouveau de la trompette comme Miles l’aurait aimé. ¦

Tutu Revisited, Marcus