Accros des écrans : savoir quand ça craint

Accros des écrans : savoir quand ça craint

Il faut faire la part des choses entre l’usage excessif des jeux vidéo et l’obsession totale.

Reporters

Les réseaux sociaux et les jeux vidéo ont dévoré leur vie. Les écrans, une nouvelle drogue ? Des chercheurs wallons vont au-delà des discours alarmistes.

Ils n’aiment pas trop parler de cyberdépendance. « Il faut nuancer l’expression. On va plutôt parler d’usage abusif », résume Pascal Minotte, chercheur à l’Institut wallon pour la santé mentale. Avec ses deux partenaires, à savoir les facultés universitaires Notre-Dame de la Paix à Namur (*) et le centre liégeois Nadja spécialisé dans la prévention des dépendances, le chercheur a disséqué la littérature internationale sur les usages problématiques d’internet et des jeux vidéo.

En parallèle, l’équipe a mené l’enquête auprès des professionnels de terrain en Wallonie.

1. Une drogue ? En gros, les questions et les demandes associées à ces comportements excessifs augmentent auprès des spécialistes. Les parents, les profs, les éducateurs s’inquiètent de voir « leurs » jeunes se laisser bouffer la journée par un ou des écrans. Un peu comme ils s’inquiétaient il n’y a pas si longtemps pour la consommation de cannabis. Cette « métaphore drogue » est inappropriée, estiment les chercheurs. « Internet n’est pas assimilable à la drogue ». C’est pour ça que l’équipe de recherche préfère parler d’usage « problématique» ou « abusif», ou encore de « passion obsessive ».

2. L’excès temporaire C’est vrai, la frontière n’est pas très claire entre un comportement excessif (provisoire) et un comportement abusif (pathologique). Selon Pascal Minotte, les excès correspondent bien au profil classique de l’adolescent. Pour la bonne et simple raison que l’adolescence, c’est l’excès. « Les ados, surtout les garçons, vont jouer beaucoup, et sans doute trop, à un nouveau jeu vidéo. Mais c’est un surinvestissement temporaire. La plupart du temps, ça ne relève pas d’une intervention thérapeutique, mais d’une approche éducative. On a tous reproduit ce type de comportement au même âge », sourit le chercheur. En général, ces attitudes exagérées se résorbent d’elles-mêmes. Évidemment, ça peut durer un peu…

3. Les « no life » Autre chose est d’évoquer les usagers abusifs, baptisés « no life ». On est aussi dans l’excès, bien entendu. Mais ça tourne à l’obsession « Ça ne correspond pas forcément à un certain nombre d’heures passées devant des jeux vidéo », ajoute Pascal Minotte. Mais l’écran de jeu ou l’internet prend progressivement le pas sur chaque phase de la journée. Le travail, bien sûr, mais aussi les loisirs, le sommeil, les obligations familiales ou sociales. « Il y a un effet de centration. Ça veut dire que même quand on n’est pas devant son écran, on ne pense qu’à ça, tout le temps. Il y a une forme d’obsession», précise le chercheur. Et, autre caractéristique, il y a des conséquences négatives dans la vie de la personne : conflits, échecs divers, etc.

4. Échec scolaire et jeux vidéo : l’œuf et la poule Dans « échecs divers », faut-il inclure l’échec scolaire ? Des parents s’inquiètent, tout comme les profs, du décrochage scolaire de certains jeunes, gros consommateurs de jeux. « Ça peut donner l’impression d’une spirale infernale. Mais l’exemple des ados accros des jeux vidéo qui font face à l’échec scolaire est à nuancer aussi : ça n’a rien de systématique. Le jeu n’est pas forcément la cause de l’échec. C’est parfois le symptôme d’autre chose. Ils s’investissent peut-être d’autant plus dans le jeu qu’ils connaissent l’échec scolaire. C’est une échappatoire. Le jeu peut être un prétexte pour faire oublier une certaine réalité ».

5. La violence, d’office ? Il y a deux théories : ceux qui pensent que certains jeux vidéo favorisent l’apprentissage de la violence, et ceux qui considèrent que le jeu fait au contraire office de défouloir. Chez nous, les chercheurs font en tout cas un constat : « La violence juvénile n’a pas augmenté avec les jeux vidéo. Si les jeux ont un rôle, il est minime à cet égard. Sauf dans des cas très minoritaires et chez des gens déjà fragilisés», conclut Pascal Minotte.¦

(*) Groupe de recherche