Commentaire par Philippe Martin

Le temps de l’indignation

Le temps de l’indignation

EdA - Jacques Duchateau

Depuis quinze jours, ils s’indignent. Ils racontent leur ras-le-bol, leur colère et leurs doutes. Partout. À Madrid, à Athènes, à Paris et, à présent, quelques-uns à Liège.

C’est le printemps arabe qui franchit la Méditerranée, la contagion qui atteint le Vieux Continent. Les jeunes, en Europe aussi, descendent dans la rue, plantent des tentes sur les places. Ils dénoncent le manque d’emplois, l’inefficacité des partis politiques pour changer les choses, l’austérité qui étouffe, les salaires indécents, la tyrannie exercée par les marchés financiers. Mais, au-delà de ces revendications, ils expriment leur mal-être, l’absence de perspectives, l’impression d’appartenir à une génération sacrifiée, aux horizons barrés par des normes écrasantes et inhumaines.

Les chômeurs les ont rejoints ; les retraités partagent quelques-unes de leurs revendications ; les travailleurs sociaux et les altermondialistes viennent encore grossir les rangs. Tout ce petit monde discute, échange, réfléchit et formule des propositions. En Espagne comme en France, il y a du mai 68 dans ces villages de tentes spontanés. En plus pragmatique. Il ne s’agit plus, cette fois, d’ériger des barrières de pavés, d’opposer des systèmes de pensées et d’instaurer la révolution permanente. Non, juste redonner de la place à l’homme parmi les priorités d’une économie devenue folle et traduire ces objectifs en termes concrets.

Tout cela, c’est le fruit d’un mouvement d’indignation, comme le suggérait Stéphane Hessel. De l’indignation avec des accents d’appel à l’aide mais aussi un fond de fraternité libertaire, de rêve éveillé, de désir d’un monde à recréer.

Personne ne sait, aujourd’hui, si le mouvement des « indignatos » s’essoufflera en remontant vers le nord ou s’il sera de nature à secouer le statu quo politique, le face-à-face stérile du bipartisme gauche-droite. Mais pour que la moisson soit à la hauteur de ce printemps des consciences, il faudra certainement aller au-delà de l’indignation qui, en soi, n’est pas encore le début de l’action.