Didier Reynders, le programme socio-économique doit se faire dans un contexte strict, voire d’austérité…

Non. Aujourd’hui, tout le monde sait ce qu’est une agence de notation. Il y a deux ans, si je parlais de ça, on riait. Et quand une agence de notation dit quelque chose, tout le monde s’émeut.

Je l’ai déjà dit. La dette belge est une légende urbaine. Du temps Du temps d’Herman Van Rompuy comme premier ministre, on était à 138 pc du PBI. On est à 96. La France entre-temps est à 85. On était le malade de l’Europe. Aujourd’hui, beaucoup de pays nous dépassent. Arrêtons sans cesse de nous mortifier.

Ce n’est quand même pas le paradis.

Quel est l’ordre des préoccupations ? Un : éviter d’être pris dans des turbulences internationales. Deux : relativiser. Moi je plaide pour qu’on revienne le plus vite possible à l’équilibre budgétaire. On peut y arriver un an plus tôt que prévu. Regardez, l’été dernier on disait 25 milliards d’effort budgétaire. Je constate qu’aujourd’hui le drame est tombé à 17 ou 20 milliards en un an. Pendant qu’eux négocient, Yves Leterme et moi nous travaillons à ça. Arrêtons donc de faire croire à l’opinion publique belge qu’on est face à un Himalaya budgétaire.

Alors, vous dites : restons comme ça en affaires courantes, tout va bien ?

Non mais le formateur dans un gouvernement ferait la même chose que nous. Sortons simplement de l’idée que nous allons devoir faire des choses exceptionnelles.

Les exigences budgétaires européennes, les agences de notation pourtant…

Il y a une double inquiétude des agences de notation. La première porte sur l’avenir du pays. Qui remboursera la dette s’il n’y a plus de pays ? Mais la Belgique est très riche. Les Belges sont riches, pas l’État. La seconde préoccupation, c’est que s’il n’y a pas de gouvernement, il faudra faire des réformes structurelles.

Lesquelles ?

Trois domaines liés au vieillissement de la population. Côté santé, il y a une marge qu’on peut utiliser et même le PS semble d’accord. Puis, le chômage. Nous plaidons pour une dégressivité des allocations de chômage. Quand on perd son emploi, on recevra plus qu’aujourd’hui. Et puis, cela diminuera au fil du temps. Enfin, les pensions.

Il faut un vrai gouvernement pour ça.

Non. On a un Parlement. Et puis, l’actuel gouvernement a toujours une majorité. À la rentrée, sans nouveau gouvernement, il faudra venir avec le budget 2012, la réforme des pensions, la réforme de la Justice, peut-être d’autres choses sur l’asile. Là, on fait un vote de confiance. Et on rétablit une relation normale.

Comme ça. Un gouvernement d’affaires moins courantes…

Un gouvernement sans prestation de serment et avec une confiance limitée, ok. Mais arrêtons de vivre à la petite semaine. ¦ C.Ern.