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Plusieurs jobs mais un seul métier

Plusieurs jobs mais un seul métier

« J’enseignais dans quatre établissements différents, et j’occupais quatre emplois. Mais je n’avais qu’un seul métier ».

EDA

Le nombre de personnes qui occupent plusieurs emplois augmente encore légèrement. Mais c’est souvent leur choix, pose Philippe Defeyt.

Combien êtes-vous, au juste, à occuper plusieurs emplois ? L’économiste Philippe Defeyt cite, dans un rapport sur le sujet, deux statistiques assez différentes : selon la Banque Carrefour de la Sécurité Sociale (BCSS), il y avait au 31 décembre 2009 272 000 personnes (chiffre arrondi) dans le cas. Mais pour l’Enquête sur les Forces de travail (EFT), il n’y en avait en moyenne que 184 000 en 2010. Plutôt des hommes que des femmes ; disposant le plus souvent d’un diplôme supérieur ; et essentiellement situés dans la classe des 25-49 ans.

Comment expliquez-vous cette divergence dans les statistiques ?

Je ne me l’explique pas vraiment, mais il faut plutôt partir du vécu des gens. Pour prendre un exemple que je connais, le… mien, quand j’ai quitté le secrétariat fédéral d’Écolo, je me suis retrouvé enseignant dans quatre établissements différents, et j’avais un contrat avec chacun d’entre eux. Mais, dans mon esprit, je n’avais qu’un seul métier. Le cours que je donnais aux assistantes sociales de Mons et de Louvain-la-Neuve était d’ailleurs identique. Je pencherais donc pour la statistique de l’EFT.

Vous relevez que le nombre de travailleurs occupant plusieurs emplois a fortement augmenté pendant les deux dernières décennies du XXe siècle, et qu’il ne progresse plus que très légèrement depuis lors. Là aussi, on cherche une explication…

… que je ne connais pas plus. La seule hypothèse serait que dans les années 80 et 90, on a vécu une explosion de l’emploi à temps partiel, et une partie des gens concernés ont peut-être cherché un deuxième emploi pour compléter leurs revenus. Cette hausse pourrait aussi être mise en relation avec les nombreuses modifications de statuts dans le secteur public, qui se sont produites à l’époque.

Occuper plusieurs emplois relève-t-il d’une démarche volontaire, ou s’agit-il d’une situation subie ?

Dans l’enseignement, je pense que c’est une situation essentiellement subie, surtout par les jeunes, ou ceux qui y reviennent : on est heureux d’avoir des heures dans une école, et un horaire partiel dans une autre ; mais on préférerait avoir un horaire complet dans un seul établissement. Mais situation subie ne veut pas forcément dire précarité.

À l’inverse, je me souviens par exemple d’une infirmière salariée à mi-temps au Centre Hospitalier Régional (CHR) et qui fonctionnait pour le reste comme intérimaire. Elle avait voulu sans doute s’assurer un revenu fixe, avec son mi-temps salarié, et vivre de manière plus décontractée son autre mi-temps. Le piquant, c’est qu’elle s‘est retrouvée comme intérimaire à mi-temps dans l’hôpital où elle était salariée.

Il ne faut donc pas de politique publique pour s’attaquer au phénomène ?

Il y a une catégorie de personnes pour lesquelles une politique publique devrait se mettre en place : celles qui travaillent à temps partiel, et pour qui il est impossible d’occuper un autre emploi. Je pense par exemple aux femmes employées par les entreprises de titres-services, ou celles qui travaillent pour des sociétés de nettoyage. Là, on est en situation de précarité. Mais pas dans le cadre de mon rapport, puisque, par définition, ces personnes n’occupent qu’un seul emploi. ¦