Les Tarlatans retournent à l’école

La Tarlatane : un tissu à mailles solides, pour la solidarité, et larges, pour l’esprit d’ouverture, indique Bénédicte Dossin, l’architecte du projet.

Au cœur du village de Virginal, 8 familles ont redonné vie à une ancienne école secondaire. Un vaste chantier, un projet de vie.

Il y a une dizaine d’années les couloirs de la vaste bâtisse et les jardins résonnaient des cris de plusieurs centaines d’élèves du secondaire. Aujourd’hui, il n’y a plus que 14 gamins, de 0 à 8 ans, qui égayent l’école des Sœurs du Sacré-Cœur de Virginal (Ittre). École qui n’est d’ailleurs plus école aujourd’hui. Les enfants qui gambadent dans les immenses couloirs, les anciennes salles de classe ou sur la petite plaine de jeux sont là chez eux. À la maison.

Bienvenue à la Tarlatane, un habitat groupé qui, depuis cinq ans, s’intègre au cœur même du village, entre la place et l’église. Et où chacune des 8 familles qui a porté ce projet d’habitat groupé dispose d’un logement et d’un espace extérieur privatif, terrasse ou jardin.

Cette idée folle de réinventer l’école n’était pourtant pas gagnée d’avance. Notamment parce que des promoteurs immobiliers étaient aussi sur la balle. Certains projetant d’aménager jusqu’à une quarantaine d’appartements. Mais, d’une part, la commune ne voyait pas d’un bon œil ce gigantisme immobilier et, d’autre part, les Sœurs, propriétaires du bien, ont été séduites par le concept social plutôt que par les liasses de billets.

Au final, les 8 familles ont acquis ce bien en copropriété pour 625 000 €. Une bouchée de pain en regard des 4 500 m2 de bâtiment et du terrain de plus d’un hectare, avec potager et terrain multisports.

L’affaire conclue en 2006, restait à convaincre un voisinage parfois sceptique, voire inquiet. « Certains se demandaient si ce n’était pas une secte ou un groupe hippie qui allait s’installer », sourit Bénédicte Dossin, architecte qui a suivi plusieurs dossiers d’habitats groupés pour le bureau Hubert Sauvage. Dont celui de la Tarlatane où elle vit aujourd’hui. Un grand « apéro villageois » a été l’occasion de décrisper ce qui pouvait l’être en présentant l’esprit d’ouverture que prônent les initiateurs du projet. Après l’aménagement des logements – gigantesque chantier où il a notamment fallu remplacer les châssis et l’installation électrique – les Tarlatans comme ils se nomment, ont promis d’aménager plusieurs salles communes. Elles serviront à organiser des activités culturelles et pourront aussi être utilisées par les villageois. Avec la gestion et l’entretien des espaces communs gérés en copropriété, c’est le côté communautaire d’un logement qui ne l’est pas puisque chacun a son chez soi : propriétaires des logements principaux et locataires des quelques appartements que ceux-ci ont aménagés à leur guise.

La volonté de s’impliquer dans les projets culturels qui seront développés dans un second temps n’en était pas moins un critère prépondérant lorsque les deux familles qui ont initié le projet ont dû choisir, parmi de nombreux candidats, les six autres qui rejoindraient l’ancienne école des Sœurs. Une obligation qui, en plus des réunions mensuelles et des processus de décision parfois très lents car soumis au consensus, peut passer pour une contrainte et qui a d’ailleurs dissuadé des candidats à l’aventure, admet Bénédicte Dossin. « Mais en retour, en plus des coups de mains entre voisins, le côté positif d’un tel projet est que l’on s’inscrit dans un cadre de vie bien différent du métro-boulot-dodo, juge l’architecte de la Tarlatane. Nous sommes propriétaire d’une habitation qui n’est pas qu’un bien matériel.»¦

A.W.