Quand les voisins font barrage

Aujourd’hui le projet prend forme. Mais le combat a été dur avec le voisinage.

eda Philippe Luc

Un peu moins de deux hectares de terrain à bâtir en bordure d’une forêt de trente hectares. Neuf familles prêtes à se lancer dans un projet commun – précurseur pour l’époque – de maisons bioclimatiques à ossature bois. Des espaces verts plantés d’essences indigènes, un verger d’anciennes variétés de fruitiers, des espaces communs, un plan de gestion durable de la forêt,…

En 2002-2003, sur les hauteurs de Huy, Fabian Bastianelli touche du bout des doigts son rêve de propriétaire. Un projet immobilier qu’il n’aurait pu s’offrir seul, mais aussi un véritable projet de vie.

Huit ans plus tard, Fabian a revendu sa parcelle de terrain et rangé son rêve d’habitat groupé au placard, au terme d’une âpre bataille administrative et juridique. Avec la ville de Huy, la Région wallonne et… les voisins.

De pétitions en procès en passant par l’intimidation, une bonne partie du quartier s’est dressée contre cet habitat groupé. Plusieurs fois il a fallu revoir les plans, deux fois il a fallu présenter un permis d’urbanisme, faire face aux pressions politiques, « aux propos fallacieux », aux recours en tout genre. Et même accuser une annulation du ministre de l’aménagement du territoire de l’époque qui disposait pourtant d’un rapport de la commission des recours qualifiant le projet «d’idéal et parfait»…

Mais trop innovant, inédit pour l’époque pour le faire accepter ? « On était des précurseurs, c’est vrai, note Fabian, notamment avec les maisons ossature bois de type bioclimatique qui sont aujourd’hui la norme. Mais on a aussi eu la malchance de tomber sur des hurluberlus dans le voisinage, qui s’étaient d’ailleurs aussi opposés à des maisons unifamiliales classiques. Quel que soit l’endroit il y a des voisins étroits d’esprit, nous, on a eu la malchance de tomber sur un nid…»

Aujourd’hui, même si les tracasseries judiciaires de quelques voisins ne sont pas encore totalement réglées, une maison est là et cinq autres sortent de terre. Mais des neuf familles du début, une seule s’est accrochée, les huit autres ont passé la main. Mais l’esprit qui prévalait à la génèse du projet a été maintenu et s’est même amélioré, notamment au niveau de la gestion collective de la propriété, avance Fabian qui a gardé des contacts sur place. Avec une pointe de regret de ne pas finalement en être ? « Il y a des regrets, mais pas de remords, dit-il. Car 8 ans, c’est long comme délai, la vie change. Lors de l’arrivée de notre troisième enfant nous avons dû faire un choix entre poursuivre une location ou acheter une maison ailleurs. Mais c’est vrai qu’il reste le regret de cette dynamique de groupe qui guidait ce projet d’habitat groupé.»¦

A.W.