SOCIETE

Pour vivre heureux, vivons groupés

Pour vivre heureux, vivons groupés

Le concept d’habitat groupé devient aujourd’hui une alternative mieux connue et de plus en plus prisée.

eda Philippe Luc

Raisons économique, écologique ou choix de vie : l’habitat groupé a le vent en poupe dans le paysage immobilier francophone.

Il y a dix ans à peine, au mieux on n’en connaissait rien, au pire on s’en méfiait. Aujourd’hui, le concept d’habitat groupé n’est certes pas encore dans la norme lorsque l’on songe à un projet immobilier, mais il devient une alternative mieux connue. Et de plus en plus prisée. Il y aurait ainsi en Communauté française quelque 150 projets aboutis d’habitats groupés, pour 1 500 à 2 000 ménages. « Mais on sait qu’il y en a plus, car certains ne se définissent pas ainsi, n’ont pas envie d’être dans des inventaires ou d’en faire la publicité, indique Benoît Debuigne, responsable de l’ASBL Habitat et Participation. Et puis cela dépend aussi d’où on met la frontière : est-ce un habitat groupé lorsqu’il y a simplement un jardin collectif ou faut-il un projet de vie en plus ?» Le concept ne fait en effet l’objet d’aucune définition légale et, pour les non-initiés, la frontière est ténue entre un habitat groupé et une banale copropriété.

Pour les spécialistes du domaine, un vrai habitat groupé doit inclure une dynamique de groupe. Généralement, celle-ci se construit sur une dimension culturelle (salles communes où s’organisent des concerts, des expos, des conférences, bistrot citoyen,…) ou écologique (initiatives poussées pour diminuer l’empreinte écologique).

Tous bobo-écolos les résidents des habitats groupés ? « Non, pas du tout, nuance Benoît Debuigne. C’est plus large que ça aujourd’hui. Même si on a souvent une touche écologique dans le projet, les gens arrivent à l’habitat groupé par des portes différentes.» Les raisons financières (attrait des économies d’échelle) et idéologiques au sens large (l’envie de vivre «autrement ») sont les principales. Avec toujours ce point commun derrière ces briques communes : la recherche de convivialité et de lien social avec le voisinage.

De plus en plus de projets actuels sont d’ailleurs attentifs à assurer une certaine mixité sociale et intergénérationnelle, remarque-t-on chez Habitat et Participation. Même si de tels projets sont alors plus compliqués à gérer d’un point de vue technique et urbanistique, puisqu’ils supposent des logements de tailles différentes et des habitants aux revenus variables, plutôt qu’un ensemble de logements identiques avec des propriétaires capables de délier la bourse au même rythme.

Une dynamique qui s’étend au voisinage

Si les communes n’ont pas toujours été réceptives à accueillir des projets d’habitat groupé (cette crainte de voir débarquer une bande de hippies…) certaines en tirent aujourd’hui parti pour redynamiser leur tissu urbain. C’est le cas à Ittre où la commune a préféré le projet de la Tarlatane à celui des promoteurs immobiliers (voir ci-dessous) ou encore à Liège avec les Zurbains. Un ensemble de 28 logements, au cœur de la ville, dans une zone décrépite suite au déclin des activités des ateliers qui y étaient jadis nombreux et sur lequel les autorités ont décidé de s’appuyer pour revitaliser le quartier. Un cas qui n’est pas isolé, selon Benoît Debuigne : « On a vu beaucoup d’habitats groupés qui ont créé une dynamique au-delà de leur habitat. Même les voisins s’impliquent avec le temps aux activités de l’habitat groupé et cela crée une dynamique sociale.» Autre exemple à Louvain-la-Neuve où l’habitat groupé Epsilon dispose d’un espace commun qui a été investi par les associations et groupements de tout le quartier. Bien loin donc de l’image ghetto parfois encore véhiculée autour de ce type de logements.