Cinéma

La vague verte iranienne racontée sans concession

L’Iran a connu sa révolution en juin 2009. Un mouvement réprimé dans le sang par le régime. Un film exceptionnel revient sur ce tragique évènement.

En juillet 2009, bien avant que ne surgissent les révolutions égyptienne et tunisienne, le peuple iranien est descendu en masse dans les rues de Téhéran et de la plupart des grandes villes d’Iran pour réclamer du changement à la veille de l’élection présidentielle. Mais ce changement ne viendra pas, le pouvoir confisquant d’abord le vote avant de réprimer avec férocité cette « vague verte ».

En Europe, l’information n’a reçu qu’un écho limité même si tout le monde se souvient des descentes à moto des bassidji, ces miliciens membres des Gardiens de la révolution, au milieu de la foule et qui ont maté avec violence les protestataires.

Le film The Green Wave(la vague verte), projeté lundi soir aux Bozar à Bruxelles dans le cadre du festival du film des droits humains One World,revient sur ce dramatique évènement. Qui laissera des traces dans la société iranienne.

En 80 minutes absolument bouleversantes pour le spectateur européen, à mille lieues de se douter de l’abjection et de l’ignominie de ce qu’il se tramait sur place, le réalisateur iranien Ali Samadi Ahidi retrace jour après jour le déroulement de cette révolution. Et surtout la terrible répression qui s’en est suivie.

Le rôle majeur des réseaux sociaux

Tout le monde a encore en tête l‘image de cette jeune Neda (photo), devenue le symbole de cette vague verte, et dont la mort a été filmée en direct, victime d’un tir des miliciens iraniens.

Le réalisateur s‘est appuyé majoritairement, pour réaliser son œuvre, sur les images prises lors des évènements par les manifestants. Il a aussi passé au crible les nombreux messages envoyés via Twitter ou postés sur des blogs pour enrichir le film-documentaire. Et pour accompagner ces témoignages, le réalisateur a eu recours aux images de synthèse, faute d’images des faits.

Le résultat est saisissant, sans concession. Tout simplement effrayant pour le spectateur qui n’a pas pris, à l’époque, conscience de ce qu’il se passait en Iran. Et qui peut désormais se faire une idée de ce qu’ont enduré ceux qui s’étaient mobilisés pour un peu plus de liberté et pour le changement.

Les spécialistes ne s’y sont d’ailleurs pas trompés quand ils ont récompensé Ali Samadi Ahidi, aussi bien à Prague qu’à Bruxelles cette semaine. En Tchéquie, l’Iranien, installé à Cologne, a reçu le prix du meilleur réalisateur et le « prix spécial Vaclav Havel pour le film à la contribution la plus signifiante pour la défense des droits humains ». Et chez nous, à l’occasion du festival One Worlda reçu le prix du meilleur film. Récompenses plus que méritées.

Pour l’heure, impossible de dire s’il y aura d’autres projections en Belgique. Reste à espérer que ce sera le cas et qu’Arte, qui est partenaire du film, décide de le diffuser.¦