le complexe du castor

« Je parle de mes crises »

Jodie Foster passe pour la troisième fois derrière la caméra. Avec son dépressif « The Beaver », l’actrice américaine place Mel Gibson face à ses démons. Respect.

On la connaissait actrice (Contact, Panic Roomou le mythique Silence des agneaux), un peu moins réalisatrice (Little manet Week-end en famille). Celle qui a très vite mis les pieds dans le monde du cinéma, dès 13 ans grâce à un certain Martin Scorsese dans Taxi Driver, replonge dans la réalisation. « Ça doit être mon destin», indique Jodie Foster. L’actrice de 48 ans se faisait rare derrière la caméra. Pas par paresse mais car ses derniers projets avaient le chic de refroidir les financiers. Dernier exemple en date Flora Plum, film sur le cirque, en vain. La revoilà donc avec une chronique familiale, un castor et un Mel Gibson cabossé. Le complexe du castor raconte une sorte de « burn out » schizophrénique et Jodie Foster le réalise avec tact. Dans le genre mineur, c’est un film majeur. Rencontre.

Voilà quinze ans qu’on ne vous avait plus vue diriger…

C’est vrai, ça fait longtemps… Il faut se battre dans ce métier. Ce film est un travail de deux ans et demi. Mais je ne cherche pas d’excuses pour comprendre le pourquoi du comment j’ai mis autant de temps à revenir. J’ai deux enfants et j’ai tourné dans quelques films entre-temps. Les films les plus personnels sont souvent les plus difficiles à mettre sur pied aussi. À la fois émotionnellement parlant mais surtout financièrement.

Pensiez-vous que le film pourrait ne jamais sortir en salles ?

Oui, clairement. Certains m’ont soutenue dans mon projet, d’autres pas du tout. Mais au final, quoiqu’il ait pu se passer, je retiens juste deux choses. Premièrement, j’ai réussi à monter le film que je désirais réaliser. Deuxièmement, c’est un film que j’aime, celui dont j’avais rêvé. Il existe et cela, personne ne pourra me l’enlever.

Pourquoi avoir choisi le thème de la dépression ?

Cela peut paraître bizarre mais c’est quelque chose qui m’a toujours fascinée… Beaucoup de gens sont déprimés, y compris dans ma propre famille. Et le film explore ce thème comme une véritable maladie. Il est question d’un large spectre de la dépression via le personnage de Walter. C’est un cas très sérieux. Profondément triste. Et je pense que nous côtoyons tous un jour ou l’autre cette tristesse intérieure, ce chagrin, cette douleur intense. Mais ces questions de dépression ont toutes la même réponse : il ne faut pas vivre seul.

Le sujet de « The Beaver » résonne étrangement avec la vie de Mel Gibson. C’est ce qui vous a poussé à le choisir ?

On se connaît depuis longtemps (NDLR : ils ont tourné ensemble dans Maverick en 1994). C’est quelqu’un de très profond, qui s’est battu dans la vie. J’avais besoin de cela, de quelqu’un qui sache que la vie est une épreuve. Il a donc très vite compris la complexité du personnage, celui d’un homme qui souffre et veut combattre sa maladie psychologique. J’étais ravie qu’il accepte de jouer ce rôle si profondément ancré dans la déprime malgré ses déboires actuels.

Avez-vous changé votre façon de filmer depuis vos débuts ?

Je reste toujours sur les thèmes qui m’affectent comme la famille ou la psychologie à travers les générations. Mais j’ai changé en tant que personne. J’ai mûri. J’estime que ce film est plus mature que ce que j’ai pu faire auparavant. Mais d’une certaine façon, chacun de mes films parle d’une crise existentielle ou spirituelle de ma vie. Je suis obsédée par cela. Et plus particulièrement de différents chapitres de ma vie. Le premier sur mon enfance, le second sur l’adolescence et les relations parents-enfants et celui-ci à propos d’un homme dans la quarantaine. En espérant que ce processus permettra au public de comprendre d’une autre façon son mal-être.

Comptez-vous, à terme, laisser tomber la comédie ?

Je serai actrice toute ma vie, je pense. Je viens d’ailleurs de tourner dans le prochain Roman Polanski. Je ne peux m’imaginer arrêter de jouer dans 4 ou 5 ans. Même si j’ai l’impression que