Conditions de travail au rabais

Les conditions salariales et de travail sont loin d’être roses pour le personnel Ryanair.

Reporters

Dans le milieu des professionnels du transport aérien, ces révélations sur les pratiques de Ryanair n’étonneront qu’à moitié. Si chez le grand public la compagnie est connue pour ses bas prix, chez les pilotes et le personnel navigant des autres compagnies, ce sont surtout les conditions de travail déplorables qui sont commentées. Et ce n’est pas cette pratique des drug testsqui va rendre plus attrayante la compagnie irlandaise pour les apprentis stewards et hôtesses de l’air.

« De tels contrôles, je n’en ai jamais entendu parler dans aucune compagnie, indique ce commandant de bord d’une grande compagnie européenne.Il existe des contrôles alcoolémie, mais ils sont pratiqués par les autorités aéroportuaires. Mais en 15 ans de carrière je n’en ai jamais connu. »

Plus généralement, ce sont les conditions d’embauche et de travail chez Ryanair qui sont mises au ban de la profession. Même si les pilotes sont un peu mieux lotis : eux aussi sous contrat irlandais, ils perçoivent un salaire suffisamment attractif pour se payer une couverture sociale et des assurances privées. Une situation qui est loin d’être le cas des hôtesses et des stewards.

Engagé sur base d’un contrat irlandais conclu avec Ryanair (ou, pire, avec une filiale de la compagnie), le personnel navigant perçoit un salaire qui n’a rien de mirobolant et ni de stable.

Payée 16 € l’heure de vol, Natacha touche ainsi, « les mauvais mois », entre 900 à 1000 €. « En été, qui est la meilleure période, cela peut atteindre 1 800 €. » Un salaire qui est alors correct mais se paie au prix d’un rythme de travail effréné. Et cela sans compter les heures de travail « qui ne sont pas déclarées »

« Seules les heures de vols sont comptabilisées. Dès que nous ouvrons la porte de l’avion, nous ne sommes plus payés. » Or, à ce moment, il faut encore nettoyer l’intérieur de l’appareil et accueillir les voyageurs pour le vol suivant, le tout sous la pression du chrono en 25 minutes maximum. Avec deux à quatre vols par jour, « en moyenne, ce sont 2 à 3 heures où nous ne sommes pas payés pour notre travail ». Sans compter le temps consacré au débriefing avec le manager au sol avec, là aussi, une pression qui s’accentue ces derniers temps, selon l’hôtesse. Notamment en ce qui concerne les résultats de vente des billets de tombola et autres produits que les hôtesses sont chargées de vendre aux passagers durant le vol.

Le ras-le-bol de Natacha est-il isolé au sein du personnel Ryanair ? Non, mais personne n’ose rien dire dit-elle. Notamment parce que dans une compagnie où être syndiqué est interdit, cela vaudrait un bon de sortie immédiate. Or, « les hôtesses doivent payer elles-mêmes leur formation (de l’ordre de 3 000 €) et une partie de cette somme est avancée par Ryanair. La compagnie la récupère en ponctionnant une partie du salaire. Pour rembourser, il faut près de deux ans. Alors personne n’ose rien dire… »¦

A.W.