« L’éléphant craint le moustique »

« Nous mettons en question la méthode d’enquête »

Docteur Scheepers, vous présidez l’« Union Homeopathica Belgica », une des deux unions professionnelles d’homéopathes. Quel commentaire suscite chez vous le rapport du Centre fédéral d’expertise des soins de santé ?

Nous mettons en question la méthode d’enquête, qui a été celle employée pour toute évaluation de médicament classique, avec une comparaison entre patients à qui on administre le remède, et d’autres à qui on donne un placebo. La démarche ne s’applique pas à l’homéopathie, puisque l’homéopathie s’adresse à chaque patient pris individuellement. En médecine classique, les personnes qui souffrent d’allergies sont par exemple toutes traitées aux antihistaminiques, qui les soulagent aussi longtemps qu’elles en prennent. Si on les soigne par homéopathie, il y aura autant de traitements que de patients pris en charge. Ce ne serait pas sérieux de parler d’effet placebo, pour ceux qui sont soulagés de la sorte.

Comment expliquez-vous la grande méfiance à l’égard de l’homéopathie, exprimée dans ce rapport ?

Je ne peux l’expliquer que par la crainte des grandes firmes pharmaceutiques devant les progrès de l’homéopathie, qui réduit surtout le recours aux antibiotiques et aux antidépresseurs. Mais je ne comprends vraiment pas cette peur, car devant ces géants, nous ne pesons pas plus qu’un moustique face à un éléphant. Il est assez étrange de constater, ici, que l’éléphant semble craindre le moustique !

Les firmes pharmaceutiques que vous pointez du doigt ont une dimension internationale. L’homéopathie est-elle ciblée de la même manière à l’étranger ?

Pas du tout ! Au Brésil, il y a trente ans qu’elle est une discipline parfaitement reconnue, comme elle l’est au Mexique ». En Inde, 300 000 médecins la pratiquent. En Thaïlande et en Chine, elle est très bien implantée également. Et si vous prenez l’Europe, l’Espagne, l’Italie, ou la France la reconnaissent elles aussi. Chez nous, l’attitude des autorités est plus mitigée. En Grande-Bretagne ou en Norvège, par contre, on est beaucoup plus méfiant à son égard, comme la plupart des pays anglo-saxons.

Vous paraissez pourtant paradoxalement plutôt heureux de la diffusion de ce rapport !

Oui, parce qu’il nous donne l’occasion d’expliquer exactement ce qu’est l’homéopathie. Nous ne pouvons par ailleurs qu’être tout à fait d’accord avec l’exigence, posée par le Centre fédéral d’expertise des soins de santé, que l’exercice de l’homéopathie soit réservé aux médecins, ou aux personnes qui ont bénéficié d’une formation médicale. Depuis 1999, la « loi Colla » a reconnu les médecines non-conventionnelles, mais la commission paritaire qu’elle prévoyait doit encore être mise en place. Je souhaite que ce soit chose faite au plus vite. Dans l’intérêt du public. ¦