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Gerlache : « Le danger, c’est les amitiés non connues »

Gerlache : « Le danger, c’est les amitiés non connues »

Alain Gerlache a suivi avec attention l’émission de France 2 sur DSK.

Alain Gerlache a suivi avec attention le débat d’hier soir consacré à DSK sur France 2. En tant que journaliste (il anime l’émission InterMédias sur la RTBF) et ancien porte-parole de Guy Verhofstadt, il nous semblait intéressant de récolter son avis sur l’émission.

Alain Gerlache, votre avis général sur le débat d’hier soir ?

Je l’ai trouvé très Français. C’est-à-dire qu’il a eu toutes les qualités et les défauts des débats français : une espèce de feu d’artifice verbal et parfois verbeux, tout le monde qui parle en même temps… J’ai trouvé une certaine capacité d’autocritique chez des politiques et chez des journalistes qui m’a plutôt intéressée. Mais ce qui m’a le plus marqué, c’est que les interventions les plus pertinentes sont venues des deux femmes sur le plateau, et notamment de la chef du service politique de France Inter qui a témoigné avec beaucoup de réserve.

L’annonce en direct de la libération sous condition de DSK n’a-t-elle pas suscité un malaise chez vous ? On a eu l’impression que certains invités allaient sortir le champagne…

Ça, c’est un autre aspect, mais qui n’est pas propre au débat d’hier. On a plus senti chez certains une espèce d’empathie avec Dominique Strauss-Kahn. Maintenant, je peux comprendre. Cela correspond aussi à l’attitude d’une certaine partie de la population qui allait le désigner comme président de la République. Mais moi, ce qui m’a frappé, c’est Laurence Ferrari qui, durant l’édition spéciale du journal TF1, a dit « Un bon signe venant de New York » quand un journaliste a évoqué la probable libération de DSK sous condition. Je suis désolé, mais c’est une prise de position. Et personne ne semble l’avoir relevée.

Mais on marche sur des œufs, non ? Robert Badinter, à qui on reprochait de ne pas avoir eu de mots de compassion pour la victime, disait qu’en parlant de victime, on présupposait que DSK soit coupable. Et donc qu’on ne respectait pas la présomption d’innocence…

C’est vrai, mais à l’inverse – et ça vaut pour Badinter, dont la position et le ton m’ont surpris – c’est qu’à considérer que DSK est nécessairement innocent, voire à sous-entendre qu’il y a un complot, et bien implicitement on affirme que la présumée victime est une coupable ! Il faut donc être prudent. Ceci dit, c’est une situation exceptionnelle qui bouleverse bien des choses et qui, à mon avis, pose de bonnes questions au niveau des médias…

Vous pensez sincèrement que cela va changer quelque chose dans les pratiques journalistiques ?

Globalement, je suis un optimiste. Je crois qu’il est toujours possible d’améliorer les choses, même le journalisme. Mais je ne crois pas au « Plus jamais ça ! » Les choses évoluent par vagues successives. On dit qu’il ne faut pas avoir de tabous sur les comportements des hommes politiques, je suis d’accord. Mais si c’est pour que, demain, la presse people (Voici ou Gala) y aille encore plus fort au nom de l’investigation journalistique, je ne crois pas que l’on va y gagner !

N’y a-t-il pas un problème avec la tendance qui se développe de plus en plus de journalistes qui franchissent le rubicond pour devenir porte-parole d’un homme politique ? En plus, vous êtes bien placé pour en parler…

Je pense que c’était pire avant. Il y a deux choses. Tout d’abord, il y a une certaine proximité dans le travail. Avant que je travaille pour Guy Verhofstadt, je ne pense qu’il a eu un traitement de faveur, car j’ignorais tout à fait que j’allais travailler un jour pour lui. Ensuite, je n’ai plus fait de journalisme politique, ou alors très indirectement…

Ce n’est pas le cas de tout le monde…

Non, mais à chacun d’appliquer les règles qu’il veut… Mais cela dit, cela me paraît moins douteux que les amitiés que l’on ne connaît pas. Moi, je n’ai jamais été ami avec Guy Verhofstadt. On travaillait ensemble, il y avait quand même une bonne relation, mais on ne peut pas parler d’amitié. Ce qui est à mon avis plus douteux, c’est quand il y a des proximités non connues. Ce n’est pas ce que l’on sait qui est dérangeant, c’est ce que l’on ne sait pas !

A-t-on des leçons à recevoir de la presse anglo-saxonne dans ce type d’affaire ?

On a clairement vu que les systèmes judiciaires et les sociétés françaises et anglo-saxonnes sont différents. Et donc il est normal que la presse fonctionne différemment. Mais il y a quelque chose de très spécifique à la France, c’est l’existence d’un microcosme politico-médiatique qui fréquente les mêmes restaurants, les mêmes cercles et où il y a une forme de promiscuité qui peut s’avérer gênante. C’est beaucoup moins vrai chez nous, je pense.