Yves Depauw est responsable de la clinique de la sexualité et du couple du CHU de Charleroi.

EDA

L'ex-patron du FMI Dominique Strauss-Kahn, formellement accusé de crime sexuel,devait sortir de prison vendredi. Depuis la révélation de l'affaire les voix se sont multipliées en France pour affirmer que tout le monde savait que DSK aimait (un peu trop) les femmes quitte à crier à l'addiction au sexe.

Docteur Depauw, vous dirigez la « clinique de la sexualité et du couple » au sein du CHU de Charleroi. Quand parle-t-on d’addiction au sexe ?

Quand on se trouve dans une situation où on est incapable de se contrôler, où on est poussé à passer à l’acte. C’est la compulsion : on dépasse les interdits même si on sait qu’il s’agit d’interdits. L’ordinateur de bord est comme contaminé par des pulsions qui l’emportent sur la raison, les règles que chacun sait. Quand ces pulsions interfèrent sur le fonctionnement normal d’un individu, il y a un problème. Et souvent, l’individu souffre, il n’est pas heureux d’être asservi à ces pulsions.

On peut être très intelligent, très maître de soi habituellement et se laisser dépasser à un moment par ses émotions. On peut être un homme de pouvoir et déraper complètement, par exemple.

Peut-on faire un parallèle entre l’addiction au sexe et l’addiction à l’alcool ou à la drogue, par exemple ?

La sexualité a sa place dans les relations entre les gens. La dépendance à l’alcool, elle, pourrait alors être comparée à une pratique sexuelle individuelle. Mais il y a des mécanismes semblables entre les deux, c’est clair. Et on peut aussi considérer l’addiction au sexe comme une maladie, à partir du moment où le patient en souffre. Mais ça s’arrête là parce que les récepteurs biochimiques concernés ne sont pas les mêmes.

L’addiction au sexe, c’est un phénomène de société plutôt récent ?

Je ne pense pas. Je pense surtout que, comme la pédophilie par exemple, c’est la visibilité qu’on lui donne qui est neuve. Avant, on ne parlait pas de « ces choses-là ». Ça ne veut évidemment pas dire qu’elles n’existaient pas. De même, je ne pense pas que l’addiction au sexe soit un problème purement masculin. Il y a aussi des femmes ayant des déviances sexuelles mais c’est moins révélé, c’est tout.

Aux États-Unis, il existe des cliniques spécialisées dans le traitement des personnes accros au sexe. Cela existe-t-il chez nous ?

Non et je ne pense pas que cela aurait un intérêt. Au sein de la « clinique de la sexualité et du couple » que je dirige au sein du CHU de Charleroi, on s’occupe de manière globale des patients, surtout de manière psychologique. Il nous arrive évidemment d’hospitaliser quelqu’un et de lui administrer des médicaments pour réguler ses pulsions mais je ne vois pas l’intérêt d’isoler ces patients dans une structure unique. Chez nous, ils sont hospitalisés dans un service de psychiatrie classique, avec un traitement adapté pour les amener vers une sexualité acceptable.

Mais dans certains cas de déviances sexuelles qui amènent à des délits, par exemple, il y a la possibilité de la castration chimique.¦                               A. Ber.