La folie amoureuse

Ce beau brun au cou d’Almodovar, c’est bien entendu Antonio Banderas, son acteur fétiche et tête d’affiche de « La piel que habito ».

Associated Press / Reporters

Pedro Almodovar retrouve la Croisette . Il change de registre, entre manipulations génétiques, amour et vertige.

La Croisette avait des accents ibères ce jeudi matin. Dernier film dans la liste des plus attendus du 64e Festival de Cannes, La piel que habito ne décevra pas les fans du grand Pedro Almodovar (Tout sur ma mère). Adapté du roman La Mygale, ce drame à suspens est un mélange d’histoire d’amour et de vertige maladif sur fond de chirurgie esthétique. « Ce qui m’a frappé d’emblée, c’est l’ampleur de la vengeance de ce médecin sur celui qui a violé sa fille », raconte le cinéaste espagnol.

Pedro Almodovar ose même un tournant majeur dans sa filmographie. « J’ai voulu jouer la carte du thriller car cela correspond à mon envie actuelle. Le thriller permet d’accéder à tous les genres tout en ne respectant aucune règle. Je me suis essentiellement inspiré des films d’horreur des années 40, à la Fritz Lang. Sans pour autant tomber dans le gore. L’hémoglobine n’est pas nécessaire pour comprendre la cruauté du personnage», précise-t-il. Avant de conclure en disant que son film est « une histoire de survie dans des conditions extrêmes. Ce qui est, en fait, le grand sujet de la vie moderne».

« Il a approfondi sa plaie »

Et à en croire son joli casting, le changement de direction du réalisateur espagnol est plus que radical. « Il a été encore plus exigeant que d’habitude. Il s’est dépassé, constate Marisa Paredes. Par son registre fort, il a approfondi sa blessure interne ». En créant une nouvelle peau capable de résister à toutes agressions extérieures, pour sa femme victime de graves brûlures, le chirurgien (en clin d’œil à Almodovar) panse ainsi ses plaies.

Et qui de mieux qu’Antonio Banderas, que le cinéaste retrouve 20 ans après Attache-moi !, pour incarner ce médecin psychopathe. « Mon histoire avec Pedro se résume en une leçon : la création, relève l’acteur ibérique. Celle-ci n’est possible que dans une espace sans complaisance, ni vertige ou artifice. Il faut être vulnérable. Personne ne m’avait encore emmené sur ce terrain de la froideur absolue. Et je ne l’en remercierai jamais assez». Le film, et malgré ses 51 ans, semble l’avoir fait grandir. « Almodovar fait partie intégrante de ma vie, avec un grand V. Revenir à lui, c’est revenir à mon pays, mes racines, mes misères et mes beaux moments. C’est comme un retour chez moi».

Habitué aux sirènes d’Hollywood depuis quelques années (Kung Fu Panda 2), Antonio Banderas recouvre ainsi la reconnaissance de ses pairs avec La piel que habito. « Je constate qu’il n’existe pas que le cinéma US. Avec Almodovar et toutes les jeunes générations qui le suivent, le septième art espagnol a un bel avenir devant lui».¦