Une société peu reluisante passée au vitriol

Projet de série télé avorté, le roman du duo inédit Manotti et DOA nous projette au cœur d’un appareil d’État peu reluisant. Un monde de magouilles et de trafics d’influence où les notables paradent pendant que les hommes de main font le sale boulot.

« Toute ressemblance avec des personnes existant est évidemment fortuite », annoncent les auteurs, qui manient là habilement le cynisme. Les références au sarkozysme transpirent à toutes les lignes, ce qui en fait un polar à double lecture amusante. Mais l’essentiel est ailleurs, dans les questions que posent les protagonistes sur une société malade de l’intérieur.

L’intrigue se tisse entre les deux tours de l’élection présidentielle française. On y suit le candidat de droite, prêt à tout pour parvenir à ses fins. Des cambrioleurs, que l’on devinera très vite à la solde du candidat, pénètrent chez un homme et copie le contenu de son ordinateur. Ça finit mal, et l’homme est tué dans la bagarre. Un groupuscule d’écolos extrémistes, qui venaient de pénétrer à distance l’ordinateur en question, a tout vu par la webcam. S’ensuit une chasse aux sorcières où l’entourage du candidat à la présidentielle pratique un jeu d’influence nauséabond à la l’égard de la Crim’. Le tout sur fond de nucléaire et de protections écœurantes.

Le style d’écriture est vif, brut, voire aride. Une manière de rendre authentique une fiction que l’on devine si proche de la réalité. À en donner des frissons. ¦

C. M.

« L’honorable société », Manotti et DOA, Gallimard (Série noire), 329 p., 18 €.