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Le « village »de la contestation

Le « village »de la contestation

Jeudi après-midi, la foule des manifestants qui occupent la Puerta del Sol avait encore grossi.

AFP

Ils sont environ 1 500. Des jeunes, des retraités, des chômeurs. Le « village » de la contestation s’installe à la Puerta del Sol au cœur de Madrid.

Sous leurs tentes de plastique bleu, affairés en cuisine ou préposés à l’accueil, les centaines de manifestants du « Campement de Sol », en plein cœur de Madrid, organisaient jeudi leur « village » avec la ferme intention de ne pas en bouger avant dimanche.

À l’entrée de la Puerta del Sol, lieu de rassemblement emblématique de la capitale espagnole, un panneau d’affichage en carton dresse l’inventaire des besoins : couverture, nourriture, médicaments, générateurs, glacières… « Tout ce que nous avons à la cuisine, ce sont des voisins et des restaurants qui l’ont apporté. Mardi, un restaurant a envoyé une fourgonnette avec des marmites de macaronis », raconte Javi Numerov, un étudiant de 21 ans qui prend des photos pour faire connaître le mouvement.

Jeudi après-midi, la foule des manifestants qui occupent la Puerta del Sol avait encore grossi par rapport aux jours précédents. Ils étaient environ 1500, jeunes, chômeurs, retraités, salariés mais aussi voisins ou sympathisants venus échanger, aider, débattre dans ce lieu où des milliers d’Espagnols de tous âges se relaient depuis trois jours, exprimant leur frustration face au chômage et à la crise.

« Vous n’acceptez pas d’argent, n’est-ce pas ? », s’inquiétait une dame de 70 ans, Eulalia Izaguirre, venue, comme beaucoup d’autres retraités, pour assister en personne à l’événement. « Cela fait longtemps que les jeunes n’ont pas bougé. Cela aurait dû arriver depuis longtemps, et je suis émue », confiait-elle, les larmes aux yeux. « À mon époque, c’était plus difficile parce que nous avions Franco, aujourd’hui ce n’est pas facile non plus ».

La moitié de la place, autour de la statue du roi Charles III sur son cheval, était tapissée de bâches de plastique bleu, pour assurer un semblant de confort et une protection contre la pluie qui ne cesse de menacer.

Les organisateurs du mouvement, rassemblés pour partie sous la plate-forme citoyenne « Une vraie démocratie, maintenant ! » (« Democracia Real, Ya ! »), ont l’intention de camper ainsi jusqu’à dimanche, jour des élections locales, une manière d’interpeller les grands partis politiques sur les retombées sociales de la crise.

« Nous ne sommes pas des politiques », assure Juan Cobo, qui se présente comme un des porte-parole de la « Acampada de Sol ». Il explique que le mouvement se poursuivra samedi, lendemain de la fin de campagne, en dépit de l’interdiction de manifester ce jour-là.

Au-delà, dit-il,« je ne peux pas m’avancer ». Le mouvement, ni structuré, ni unifié, sans organisateurs visibles et relayé sur les réseaux sociaux, « se poursuivra à long terme parce que les revendications sont très larges »