Réagir d’abord dans les écoles

Les dérapages nazis relèvent souvent de la provocation, estime Manu Abramowicz.

Manu Abramowicz, les propos de Lars von Trier, qu’on a prié de quitter le festival de Cannes (cf. en page 18) s’inscrivent dans une liste de dérapages (voir ci-contre) qui semblent banaliser le nazisme. Y voyez-vous une évolution inquiétante ?

Avant de se prononcer, il faudrait d’abord vérifier si ce type de dérapage est plus fréquent aujourd’hui qu’il ne l’était il y a dix, vingt, ou trente ans. Je n’en suis pas sûr.

À quoi les attribuer, alors ?

Nous vivons dans un monde où il y a beaucoup plus d’interdits qu’autrefois. L’accent est beaucoup plus mis sur les devoirs que sur les droits. Et le plus souvent pour une très bonne cause : les minorités et les cibles traditionnelles de discrimination sont beaucoup mieux protégées qu’elles ne l’étaient dans le passé. Dans le même temps, des droits fondamentaux, comme le droit au travail, ou le droit au logement, sont de plus en plus souvent bafoués. Et dans ce contexte de déstabilisation, un désir d’ordre et de discipline peut faire surface. En même temps qu’une grande violence : le nombre de suicides dans les entreprises n’a jamais été aussi élevé qu’aujourd’hui.

Mais le rapport avec ces dérapages ?

Quand on met le couvercle sur une marmite à pression, il arrive que ce couvercle saute. Aujourd’hui, la parole est particulièrement encadrée : il est des mots qu’on ne peut plus employer. Et parfois, d’autres mots sortent. Sont-ils prononcés par des nazis ? Je n’en suis pas convaincu. Je pense qu’il y a là une forme de provocation. Même chez certains politiques d’extrême-droite qui savent qu’avec certains mots, ils provoqueront le buzz…

Comment réagir face à ces provocations ?

Idéalement, la meilleure réaction, c’est de les passer sous silence. Quand les médias se sont précipités au baptême du dernier né de Dieudonné, parce qu’il avait annoncé que Jean-Marie Le Pen en serait le parrain, c’était une erreur.

Mais peut-on se taire face à la banalisation du nazisme ?

La pire banalisation du régime nazi et de la Seconde guerre mondiale est à mon sens plus le fait du désintérêt de l’enseignement pour cette période. C’est là que le bât blesse.

C’est d’abord à l’école qu’il faut réagir. En commençant par souligner la différence fondamentale entre la démocratie et la dictature, quelle qu’elle soit.¦ Phi. Le.