Un hommage a été rendu au nom du ministre de la Justice à une figure de proue du mouvement flamand antibelge d’extrême droite des années 30.

Bart De Wever avait eu beau dire, avant-hier matin, qu’il y a pour l’instant beaucoup d’autres choses à régler que le problème de l’amnistie – tout en précisant qu’il n’est pas de sujet tabou pour la N-VA – Stefaan De Clerck a dû calmer, l’après-midi, à la Chambre, la tempête soulevée par les propos qu’il avait tenus à la RTBF, dimanche, sur la nécessité « d’oublier ». Interrogé par six parlementaires, le ministre CD&V de la Justice a dit comprendre l’émoi soulevé par l’emploi de ce mot, mais il a aussi regretté « les réactions à chaud exagérées que cela a provoqué ». Le bourgmestre de Courtrai est à Saint-Pétersbourg jusqu’à demain. Il pourrait pourtant, à son retour, être rattrapé par l’hommage rendu, en son nom, à la mémoire de Joris Van Severen, assassiné à Abbeville, le 20 mai 1940.

Une figure de proue

Georges Van Severen – qui fera changer son prénom en « Joris », plus flamand, au début des années 10 – est une figure de proue du mouvement flamand de l’Entre-deux-guerrres. Leider du Verdinaso (Verbond der Dietsche nationaal-solidaristen), un mouvement d’extrême-droite, calqué sur le nazisme allemand et le fascisme italien, il prône d’abord la réunion de la Flandre et des Pays-Bas, puis la création d’un grand État « thiois » groupant les Pays-Bas, la Belgique, et la Flandre française.

Suspect aux yeux des autorités belges, il est, comme 2 000 à 3 000 Belges et opposants allemands au nazisme réfugiés chez nous, arrêté le 10 mai 1940, et emmené en France. Mais alors que la plupart d’entre eux sont internés au camp du Vernet, ils sont un certain nombre, dont Joris Van Severen ou le député communiste bruxellois Monami à être abattus par des soldats français à Abbeville, le 20 mai.

Une ASBL commémore ce massacre chaque année. L’an dernier, à Bruges, des couronnes en mémoire des victimes brugeoises ont été déposées, nous signale-t-elle, au nom du gouverneur de Flandre Occidentale et du ministre fédéral de la Justice. Celui-ci « n’était pas présent », précise son cabinet, sans pouvoir déterminer s‘il était représenté à la cérémonie. On ignore s’il en ira de même demain. Mais il y a malaise, car cet hommage, y compris fédéral visait surtout Joris Van Severen, qui ne versa pas, et pour cause, dans la collaboration, mais dont certains adhérents le firent. Et qui n’en prônait pas moins la disparition de la Belgique, dont Stefaan De Clerck est un des ministres.¦