"Oublier" la collaboration: les partis francophones crient au scandale

"Oublier" la collaboration: les partis francophones crient au scandale

EPA

Les propos du ministre de la Justice Stefaan De Clerck déclenchent la fureur des partis francophones. Ce dimanche, le ministre suggérait qu'il fallait peut-être oublier les événements de la seconde guerre mondiale.

Les réactions fusent après les propos du ministre de la Justice Stefaan De Clerck à la RTBF ce dimanche

Il était interrogé sur la proposition de loi du Vlaams Belang visant à amnistier les collaborateurs de la 2e guerre mondiale. Jeudi, au Sénat, les partis flamands, excepté Groen! ont accepté de prendre en considération cette proposition. Le vote avait déjà fait beaucoup parler. Aujourd'hui, les propos du ministre font vivement réagir les partis francophones.

Ecolo: "La Flandre doit reconnaitre qu'elle s'est fourvoyé avec l'occupant"

Oublier les actes des inciviques commis durant la Seconde Guerre mondiale, c'est "intolérable, inacceptable", a réagi le chef de groupe Ecolo au Sénat, Jacky Morael qui y voit la conséquence du climat politique en Flandre devenu, selon lui, "extrêmement puant, malsain et antidémocratique".

"Les déclarations du ministre De Clerck interrogent notre passé et notre actualité. Une certaine Flandre doit reconnaître qu'elle s'est fourvoyée avec l'occupant nazi, avec la Gestapo, qu'elle a permis l'arrestation de résistants, sous prétexte de faire avancer son projet nationaliste".

"Par ailleurs, il y a l'actualité, celle de partis comme le VB et la N-VA qui mettent toute la classe politique flamande sous chantage et à cet égard, je dois saluer le courage immense de Groen! (les écologistes flamands ont été les seuls élus du nord à ne pas approuver la prise en considération de la proposition du VB relative à l'amnistie), à part eux je ne vois plus aucun parti démocratique flamand qui résiste à cette pression terrible. La
situation est limpide, tous les partis flamands s'alignent sur le pape du Vatican flamand, Bart De Wever, seul le VB, en perdition, essaye encore de faire du bruit", a-t-il conclu.

PS: "Aberrant et scandaleux"

"C'est aberrant et scandaleux", a réagi le chef de groupe PS au Sénat Philippe Mahoux. En disant cela, Stefaan De Clerck "se range aux thèses défendues par le Vlaams Belang."

"Entendre dire de la part d'un ministre de la Justice, censé savoir que ce qui a été jugé appartient à la vérité judiciaire, qu'il faudrait pouvoir remettre en question des condamnations pour collaboration, c'est aberrant et scandaleux".

"Depuis jeudi, lorsque nous avons mis au jour cette proposition du Vlaams Belang, certains ont décidé de ranimer la confusion entre collaborateurs et résistants, et parmi les collaborateurs, nombreux ont été ceux qui ont livré des résistants, c'est abject.

cdH:

"C'est chaotique, car Stefaan De Clerck, ministre de la Justice de surcroît, mêle des faits d'incivisme avec des crimes contre l'humanité, or le lien n'est pas évident... sauf à vouloir minimiser les premiers", a indiqué le chef de groupe au Sénat Francis Delpérée.

"Ensuite, le ministre suggère l'oubli, alors que ce à quoi nous sommes plutôt invités c'est un travail de mémoire, le souvenir des patriotes et des résistants.

Francis Delpérée n'est cependant pas fermé à toute discussion sur la problématique de l'incivisme. "Nous pouvons pardonner, peut-être, à ceux qui regrettent, qui reconnaissent les faits, etc. mais parler d'oubli n'a aucun sens. Par ailleurs, nous n'appelons pas à la  vindicte à l'égard des enfants et petits-enfants; à leur endroit, l'Etat belge s'est souvent attaché à réparer un certain nombre de condamnations".

Mais ce dont il est à nouveau question depuis la prise en considération d'une proposition du Vlaams Belang, "c'est la négation des faits alors qu'il y a eu des condamnations", a répété Francis Delpérée.

MR:

"Il y a des dossiers de condamnation tant au nord qu'au sud du pays. On ne peut revenir dessus sous peine de réécrire l'histoire", a précisé la sénatrice Christine Defraigne.

La sénatrice s'était déjà offusquée de la prise en considération, grâce à une majorité composée uniquement de partis flamands, d'une proposition de loi visant à amnistier les inciviques. "La classe  politique flamande dans son ensemble, à l'exception de Groen! s'est associée aux thèses nauséabondes du Vlaams Belang, un parti d'extrême droite nationaliste, raciste et xénophobe".

"Aujourd'hui, M. De Clerck, un homme politique que je respecte, critique mon propos mais c'est le monde à l'envers. Il n'est pas question ici de réconciliation nationale mais plutôt de division. Tout cela est non négociable, 'onbespreekbaar'. Ce serait une insulte et une  gifle à tous les patriotes morts pour des valeurs universelles, à toutes les victimes de la Seconde Guerre mondiale, à toutes les victimes de la Shoah", a-t-elle averti.

Avec Belga