Xavier Verstappen, vous êtes directeur d’un service d’accueil qui suit 600 familles. On manque de familles ?

Oui. Il faut renouveler les stocks. Les familles d’accueil considèrent ça comme un projet de vie et pas comme un métier. Donc elles n’ont pas envie d’enchaîner les placements. Il n’y a pas de règle sur la manière de recruter, sur comment en parler dans les médias. En plus, il faut une stratégie de proximité. Il faut aussi des temps de remerciements et de valorisation des familles d’accueil. Par exemple, un évènement avait été organisé au Pass en 2009. Ca a touché les familles.

Tout parent peut devenir parent d’accueil ?

Non. Tout le monde n’est pas fait pour ça. Ce n’est pas parce qu’on est un bon parent pour ses propres enfants qu’on est optimal pour un enfant placé. La bonne volonté ne suffit pas. Il faut une certaine maturité, avoir rencontré d’autres personnes, savoir à quelles réalités on va être confronté. Les parents de ces enfants sont absents, en psychiatrie, en prison, des réalités très dures qu’il faudra assumer avec cet enfant.

Il faut être solide...

Mature. Cela peut prendre plusieurs années. Et un parent ne décide pas seul. Il faut que les autres enfants de la famille, l’entourage, les grands-parents soient d’accord parce que tout le monde sera impliqué. Il faut accepter d’ouvrir sa famille et son intimité à un assistant social qui va suivre la famille parfois pendant plusieurs années. Il faut être prêt à ça.

Être prêt à s’attacher à un enfant et à le rendre à ses parents de naissance…

Oui. Un vrai placement ne réussit que dans le respect de la place des parents d’origine. Une juste place, ni trop ni trop peu. Il faut pouvoir bien expliquer aux enfants leur histoire, sans tabou, et laisser de la place aux parents d’origine. Les enfants qui vont le plus mal sont ceux qui ne voient plus du tout leurs parents de naissance ou qui les fantasment comme des parents de rêve.

Mais c’est un projet riche...

Oui ! C’est un projet passionnant. C’est un enfant qui requestionne plein de choses, qui ouvrer la famille sur le monde. Chaque jour qu’on donne à cet enfant est gagné. Évidemment quand ces enfants sont fort abîmés, ça peut être dur. Mais c’est toujours une fierté au bout du compte. ¦ C.Ern.