judiciaire

Crime d’honneur : tous les proches de Sadia visés

Sadia Sheikh était, à l’époque, en mésentente avec sa famille et elle avait préféré s’installer seule que de vivre encore avec les siens, dans la maison familiale de la rue du Chesnois, à Lodelinsart. On avait essayé de la forcer à un mariage organisé, par web cam, avec un de ses cousins au Pakistan, et elle s’y était refusée, elle qui était amoureuse d’un étudiant rencontré à l’occasion de ses études à la Haute école de Charleroi.

Le 22 octobre, son frère, Mudusar, l’a invitée à revenir à Lodelinsart, pour pacifier les choses, prétendait-il. À son arrivée, la discussion a viré au tragique. Sadia a été abattue de plusieurs coups de feu par Mudusar qui a pris la fuite. Deux jours plus tard, Sadia succombait.

Mudusar, lui, était resté en cavale pendant plusieurs semaines, avant d’être interpellé aux Barrages de l’Eau d’heure, où il s’était dissimulé. Dans l’intervalle, son père, Tarik Mahmood Sheikh, avait été arrêté. Il était soupçonné par le juge d’instruction Ignacio de la Serna d’être l’instigateur du complot destiné à punir Sadia, coupable d’avoir voulu vivre à l’occidentale, en refusant les traditions et le mariage qu’on lui imposait.

La théorie du complot, l’enquête aidant, et au fil de témoignages qui composent finalement les dix-sept cartons de ce dossier, s’est renforcée aux yeux du magistrat instructeur, d’inculpation en inculpation. Ainsi, une sœur de Sadia, Fozia, a été inculpée, ainsi que son mari, Nadeen Sheikh. Plus récemment, Saria, la sœur de Sadia, blessée pourtant lors de l’assassinat, a elle aussi été inculpée, tout comme sa mère, Zahida Parveen. On leur reproche à tous d’avoir pris directement part aux faits, d’en avoir été informés, ou de n’avoir rien fait pour empêcher qu’ils se commettent.

Ces six suspects ont comparu à plusieurs reprises devant la chambre du conseil de Charleroi, qui a rendu hier son ordonnance de prise de corps à l’égard de chacun d’entre eux. Ils sont renvoyés devant la chambre des mises en accusation de la cour d’appel de Mons pour assassinat commis en corréité. Une prévention connexe est également retenue, celle de tentative de mariage forcé, sur base d’une législation récente, applicable depuis juin 2007 seulement, quelques mois avant l’assassinat de Lodelinsart. À la chambre des mises en accusation, maintenant, de décider qui, de ces six membres d’une même famille, comparaîtra en cour d’assises. Le procès pourrait avoir lieu l’automne prochain.¦