Pas armé et très peu entouré lorsqu’il a été tué par un commando américain au Pakistan, Oussama Ben Laden avait semble-t-il parié sur la discrétion et des mesures de sécurité minimales pour échapper à ceux qui le traquaient depuis dix ans.

Une fois défoncé le lourd portail métallique orangé, les Navy Seals largués par des hélicoptères, n’ont rencontré qu’une faible résistance, selon de multiples récits recueillis dans le quartier.

«?Nous avons entendu quelques tirs et des cris de femmes et d’enfants?», avant que le commando ne quitte les lieux en emmenant le corps du chef d’Al-Qaïda, a raconté à l’AFP Mohammad Qasim, un proche voisin. Quatre hommes – Ben Laden, son fils, un messager et son frère – et une femme ont été tués par les Américains, qui ont dit ne pas avoir fait de prisonniers et ont décrit les autres occupants de la maison comme des«?non-combattants?».

Parmi eux, si l’on en croit un responsable du renseignement pakistanais, une fille de 12 ans d’Oussama Ben Laden, détenue au Pakistan avec une de ses épouses et d’autres enfants présents dans la maison au moment du raid, a raconté avoir vu les soldats américains tuer le chef d’Al-Qaïda. Elle a été retrouvée par les forces pakistanaises arrivées sur les lieux après le départ du commando américain héliporté, en compagnie de deux ou trois femmes et huit autres enfants dans la maison de trois étages d’Abbottabad, une ville-garnison située à deux heures de route au nord d’Islamabad, a indiqué à l’AFP un officier de l’Inter-Services Intelligence (ISI), le renseignement pakistanais. Cette adolescente «?est celle qui nous a confirmé qu’Oussama avait été tué par balle et son corps emporté?» par les Américains, a ajouté l’officier de l’ISI qui a requis l’anonymat.

Il a ajouté que les personnes retrouvées vivantes dans la maison, dont une femme yéménite blessée par balle à la jambe, étaient en train d’être interrogées.

Dans ce quartier plutôt riche et libéral, le profil très conservateur des hommes et femmes qui vivaient avec Ben Laden -les voisins disent n’avoir jamais vu le chef d’Al-Qaïda – détonait déjà. Y faire vivre en plus une équipe de gardes du corps risquait d’attiser les curiosités.

Le profil bas adopté par Ben Laden à Abbottabad est incarné par cette maison blanche carrée de trois étages d’allure quelconque. Deux choses la distinguaient toutefois : la taille du terrain sur lequel elle est bâtie, trois fois plus grand que le lot moyen dans le quartier – – une spécificité qui aurait mis la puce à l’oreille des renseignements américains – et ses remparts de béton de plus de quatre mètres de haut, coiffés de fins barbelés.

Mais bien plus que son lieu de refuge ou d’éventuelles mesures de sécurité, le sort de Ben Laden ne tenait surtout qu’à une chose, souligne une source de sécurité occidentale : le secret. «?S’il avait eu un nombre de gardes du corps conséquent, les Américains auraient de toute façon adapté leurs moyens, quelle que soit l’accessibilité du terrain. Si cela n’avait pas été un commando, ça aurait pu être un missile. Et dans ce cas, toutes les mesures de sécurité du monde ne servent à rien?», souligne cette source.¦