«?Les profs vont manifester pour des milliers de raisons?»

Pascal Chardome estime que les enseignants manifesteront pour des tas de raisons.

Belga

Pascal Chardome, on a l’impression que le cahier de revendications des enseignants est bien plus large que le simple report de la prépension à 58 ans. C’est une manière faire passer auprès de la population une revendication mal venue par les temps qui courent??

Non. Nous avons toujours assumé le fait que le point de départ du mouvement est le refus du protocole d’accord sectoriel par la base.?Aujourd’hui, il y a un emballement des profs qui manifesteront ce jeudi pour des tas de raisons différentes.?C’est l’expression d’un ras-le-bol généralisé qui dépasse le cadre des mesures de fin de carrière.?Il y aura des directeurs qui manifesteront contre le décret «?Robin des bois?», certains profs contre la vétusté des bâtiments, d’autres encore contre l’insécurité grandissante à l’école.

Vous n’avez donc pas l’impression d’avoir emballé un produit qui risquerait d’irriter une population qui, dans son ensemble fait des efforts, et estimerait que les profs se plaignent d’aise??

Non?! Les tracts ont toujours été clairs.?C’est vrai que cette revendication n’est peut-être pas populaire. Mais nous l’assumons.?Depuis le début nous demandons qu’on discute sur les aménagements de fin de carrière.?La seule réponse que le gouvernement donne c’est que les profs travaillent un ou deux ans de plus…

Et puis, si le travail des profs est si facile, expliquez-moi pourquoi les jeunes fuient le métier.?Un jeune sur deux se tourne vers le privé durant les cinq premières années de boulot d’enseignant?! Quant aux plus vieux, ils ne veulent plus rester.

Là vous abordez la pénibilité du travail d’enseignant.?Mais il y a des tas d’autres boulots pénibles où on demande aussi aux gens de travailler plus tard…

C’est vrai, nous n’avons pas l’apanage de la pénibilité.?Mais je constate aussi que d’autres professions (policiers, pompiers, etc.) demandent aussi à pouvoir partir plus tôt. Forcer les enseignants à travailler plus ne va pas changer quoi que ce soit.?Il y aura plus de congés pour maladie et rien n’aura été résolu.

On aurait pu discuter des aménagements de fin de carrière si on nous avait laissé des pistes ouvertes.?Or, la ministre nous a juste mis devant le fait accompli en disant : «? On va faire comme en Flandre et en Communauté germanophone?».?En outre, on lui avait dit qu’intégrer cette discussion sur les DPPR dans le cadre d’une programmation sociale était une très mauvaise idée..

Mais justement, en Flandre et en Communauté germanophone, la même mesure est passée sans problème?!

Sauf qu’il y a eu en Flandre une grosse augmentation barémique et que le système de la prépension à 55 ans a été maintenu pour le maternel.?Chez les germanophones, on a inclus des tâches pédagogiques dans les mesures de fins de carrière.

Globalement, toutes les revendications actuelles ne datent pas d’hier.?Pourquoi ne plus avoir fait grève depuis 15 ans??

Parce que depuis on a eu de petites avancées.?Peu.?Mais les profs s’en sont contentés vu le contexte.?Tandis qu’aujourd’hui, on veut leur retirer un avantage.?C’est différent.

Vous pensez que l’automne sera chaud??

On ne peut jurer de rien, mais il est certain que si le gouvernement ne renoue pas les fils du dialogue, les enseignants n’en resteront pas là… ¦ M. Dum.