224 enfants c herchent une famille d’accueil

224 enfants c herchent une famille d’accueil

Les pouponnières sont remplies de petits qui ne trouvent pas de maman et papa d’accueil.

Près d’un enfant sur cent, en Communauté française, vit hors de sa famille d’origine. Parents déficients, décédés, à la dérive. Les raisons sont multiples mais toujours dramatiques. Le phénomène est donc loin d’être anecdotique. Ces enfants-là sont placés dans des familles d’accueil ou chez des proches pour un temps qui sera parfois très long.

Mais on manque de plus en plus de familles prêtes à se lancer dans cette aventure humaine. Les pouponnières sont remplies de bébés qui ne trouvent pas de maman et papa d’accueil. 224 enfants, entre 0 et 6 ans généralement, sont aujourd’hui sur une liste d’attente. Dans ce contexte, la fondation roi Baudouin a initié une longue et minutieuse enquête pour comprendre la réalité de ces enfants et des parents. Nous avons pu en prendre connaissance.

La ministre de l’aide à la jeunesse, Évelyne Huytebroeck (Écolo), souhaitait cerner quelles améliorations apporter pour ces enfants et ces familles. Cela fait partie du plan global qu’elle a lancé en janvier dernier pour les mineurs en danger. Elle lancera prochainement une campagne de recrutement de familles d’accueil.

Marie-Thérèse Casman, sociologue de l’ULg et experte en démographie familiale, a mené le travail. 1 100 questionnaires ont été envoyés avec un taux de retour de 40 %. Plus de soixante familles et professionnels du secteur ont été interrogées lors d’entretiens semi directifs.

La spécialiste relève quatre raisons à la baisse du nombre de familles d’accueil. Tout d’abord, les formes de familles évoluent globalement. Or les familles recomposées, monoparentales ont plus de mal à être candidates à l’accueil. Les familles d’accueil reposent d’ailleurs globalement sur un couple parental uni et marié.

Ensuite, les femmes travaillent et sont de plus en plus actives. Il est plus difficile pour elles de trouver de la disponibilité pour un enfant « en plus ». Troisièmement, notre société est de plus en plus individualiste.

Enfin, la réalité des familles d’accueil est très méconnue du grand public et se résume généralement à un amalgame avec l’adoption. Le bouche-à-oreille est ainsi ce qui fonctionne le mieux pour trouver de nouveaux candidats à l’accueil. 61 % des familles d’accueil existantes conseillent à d’autres familles de l’être.

La réalité est méconnue et elle est dure. «Les professionnels décrivent des enfants abîmés et en souffrance », explique Marie-Thérèse Casman. Troubles du comportement et angoisse d’abandon sont souvent le lot de ces enfants. Leurs questions arrivent très tôt, parfois tout petits : à quoi je sers ? Pourquoi suis-je né ?

Les conditions dans lesquelles les parents d’accueil doivent se débrouiller ne sont, par ailleurs, pas optimales. La moitié des parents d’accueil, et des enfants, sont stressés par la révision annuelle du placement. C’est vécu comme un couperet où l’enfant peut être retiré du jour au lendemain de son lieu de vie.

Les parents d’accueil souhaiteraient que l’on respecte mieux les rythmes de vie de l’enfant et que cette révision intervienne aux grandes étapes de la vie de l’enfant (entrée à l’école maternelle, primaire,…). Et lorsque l’enfant atteint 18 ans, tout le système s’arrête. Les familles d’accueil le vivent cruellement d’autant que les enfants sont loin d’avoir achevé leur parcours vers l’indépendance. Les enfants placés sont souvent en retard scolaire. Et un diplôme est essentiel pour qu’ils puissent « en sortir ».

Beaucoup de rivalités entre parents de naissance et d’accueil

Point sensible : les relations entre familles d’origine et d’accueil sont loin d’être roses. De la méfiance existe. Des frustrations aussi, des deux côtés. « On a constaté qu’il y a peu de contacts entre les parents d’accueil et les parents d’origine. Et beaucoup de rivalités. Les enfants appellent par exemple très souvent papa et maman leurs parents d’accueil et cela vexe les parents de naissance. Certains parents d’origine exigent plus