Oussama Ben Laden était l’ennemi public numéro 1. Mais il restera sans doute aussi dans l’Histoire comme le premier et peut-être dernier terroriste de service à l’échelle planétaire.?Un peu comme Ernst Stavro Blofeld dans les James Bond. Ces dernières années, l’homme le plus traqué du monde était un peu devenu une caricature de lui-même, raillé par les humoristes, dont les Guignols. Il a même réussi à tomber au terme d’un scénario dont rêverait tout scénariste hollywoodien. Il aurait pu mourir d’une maladie ou dans un bombardement à l’aveugle. Non, il s’est fait coincer après une chasse à l’homme de 10 ans.?Et il s’est fait flinguer dans un manoir, armes à la main, entouré de sa cour après une fusillade finale.

C’est tout juste si on n’imagine pas Swcharzenegger débarquer de l’hélico en assenant au terroriste un «?hasta la vista, baby?» au moment de l’achever.

Sa mort aura, en tout cas été aussi singulière que la vie qu’il a menée depuis la fin des années 70, lorsqu’il entame un long chemin d’idéologiste radical.

Quand les Russes envahissent l’Afghanistan le 24 décembre 1979, il est chargé par l’Arabie Saoudite d’aller recruter et entraîner ceux qui deviendront les Moudjahidines.

Ce faisant, il jette les bases d’une organisation islamiste qui deviendra plus tard al-Qaida.?À l’époque, il est évidemment soutenu par les Américains qui sont toujours en pleine Guerre froide et qui ont intérêt à voire décarrer les Russes d’Afghanistan.

Mais en 1989, lorsque les Russes se retirent, les Américains cessent de financer la lutte des Moujahidines qui ne pourront prendre Kaboul. Ben Laden en gardera toujours un énorme ressentiment à l’égard des États-Unis avec qui, pourtant il entretiendra encore quelques années des relations privilégiées.

Notamment parce que, avec son organisation, il contribuait à stabiliser certains pays d’Asie centrale et facilitait les flux de pétrole qui arrangeaient bien les Américains.

Les relations personnelles entre la famille Bush et Ben Laden ont, elles aussi, toujours été troubles.?La famille de Ben Laden, affairiste au possible, était intéressante pour Bush père et fils qui baignaient dans le pétrole et leurs milliards de dollars.

Surtout parce que les Ben Laden étaient les protégés de la famille royale saoudienne.?Question de gros sous.?L’idéologie, on oublie.

Même à l’époque de sa radicalisation, des attentats de Nairobi, de la première bombe au WTC en 1992 ou lors des attentats en Somalie, Ben Laden gardait avec certains personnages américains influents des relations privilégiées.

Icône, oui mais juste pour les radicaux

Au fil des années, des attentats perpétrés par al-Qaida, de ses apparitions sur le net façon «?coucou je suis toujours là?», Ben Laden est devenu une sorte d’icône.?Mais pas, comme on le pense souvent, pour la majorité des musulmans.?Il était certes un symbole de l’islamisme radical.?Mais en réalité durant les dix dernières années, tout juste se contentait-il de parrainer des attentats.

Loin de l’image de démon intégral à la source de la moindre bombe qui explosait, Ben Laden restait surtout dangereux pour ce qu’il représentait plus que par son action.

Pendant des années, les États-Unis ont dépensé des millions de dollars et organisé la plus extraordinaire chasse à l’homme de l’Histoire pour trouver non pas un cerveau mais une image du radicalisme islamiste.

Le monde musulman dans son ensemble ne le regrettera pas.?Notamment parce que les attentats revendiqués par al-Qaida ont fait de nombreuses victimes parmi eux. Et qu’on ne s’y trompe pas : sa disparition n’est pas une décapitation d’un mouvement qu’il ne contrôlait de toute façon plus. Tout juste peut-on parler de disparition d’une icône pour une petite frange islamiste et pour qui sa mort en fera un martyr à la cause.?On n’est pourtant pas prêt à voir Ben Laden faire une carrière post mortem à la Che Guevara. ¦