Le résultat est cependant le même : il n’aura pas droit à un procès.?Ce qui, à vrai dire, est susceptible d’arranger pas mal de monde.?À commencer peut-être par les États-Unis et certains pays occidentaux qui n’avaient pas forcément envie de donner une tribune à Ben Laden qui aurait pris plaisir à leur rappeler les relations privilégiées qu’il entretenait avec eux dans les années 80…

En parlant de tribune, celle qui lui aurait été donnée pour défendre sa cause et faire l’apologie de l’islam radical aurait très bien pu renforcer le fighting spirit de ses troupes.?On se souvient que c’était la grande crainte des Alliés en 1946, lors du procès de Nuremberg qui se traînait en longueur, notamment à cause de la pugnacité de Goering.

Et il y a fort à parier qu’un procès de Ben Laden aurait pu prendre une tournure du genre.?Comme ce fut aussi le cas pour Milosevic dont le procès s’est virtuellement terminé en farce qui ressemblait, dixit les spécialistes, en grand n’importe quoi.?Pas de quoi servir la cause américaine bien plus à l’aise avec la disparition de Ben Laden.?Et les scènes de liesse populaires dans les rues de New York semblent donner raison à la raison d’État qui a décidé du sort final du terroriste.

L’idée de faire disparaître son corps est aussi une bonne affaire pour tous ceux qui craignaient que Ben Laden fût enterré et que son lieu d’inhumation ne devienne un véritable lieu de culte. Là encore, on évite un risque de résurgence islamiste.

Et le droit??

Voilà pour le côté pratique de la disparition de Ben Laden.?Sur le plan du droit, en revanche, il y a de quoi se poser pas mal de question.?S’il a été tué au combat, les légalistes pourront admettre qu’une chance lui a été laissée et qu’il est mort «?en guerre?» en quelque sorte.

Si, en revanche, il est avéré qu’il a été ni plus ni moins qu’assassiné, on peut légitimement se demander si une enquête ne devrait pas être menée, le droit international étant le même pour tout le monde, terroriste ou pas. À moins que la nouvelle règle édictée par les États-Unis soit que la justice est faite quand un criminel est tué sans avoir eu la possibilité de se défendre devant un tribunal.¦