Tout  a été plié en quarante minutes

Quarante minutes. Soit le laps de temps qu’a duré le raid des forces spéciales de la Marine américaine chargées de la capture de l’instigateur des attentats du 11 septembre 2011, Oussama Ben Laden. Quarante minutes qui ont mis fin à une traque de longue haleine de près de dix ans. Quarante minutes durant lesquelles le chef d’al-Qaida a trouvé la mort, tué d’une balle dans la tête alors qu’il s’était réfugié dans un bâtiment d’Abbottabad, coquette ville-garnison située à deux heures de route d’Islamabad.?Quarante minutes qui marquent le couronnement du travail de fourmi abattu par les services secrets américains ces dernières années. Une belle victoire pour Barack Obama qui, dès vendredi, a donné son feu vert au raid.

Pas dans une grotte

Depuis le 11 septembre 2011, Oussama Ben Laden restait insaisissable.?Sa tête avait pourtant été mise à prix pour 25 millions de dollars. Mais il avait échappé jusqu’ici à la capture et même aux tentatives de localisation.?Pendant des années, on pensait que l’homme le plus recherché du monde se cachait dans les zones tribales imprenables des contreforts himalayens du nord-ouest du Pakistan, à la frontière avec l’Afghanistan.?On l’imaginait se terrer dans une grotte éloignée des villes. On avait tout faux.

En août 2010, les services secrets américains finissent par découvrir le lieu où il se planque. Une résidence d’Abbottabad occupant un terrain «?huit fois plus grand que les autres maisons du quartier?» et disposant de mesures de sécurité extraordinaires avec des murs de 5,5 mètres de haut, des barbelés et un accès seulement possible par deux portails sécurisés. Mais pas de ligne téléphonique ni d’internet en vue. Des éléments qui convainquent les Américains de creuser la piste. D’autant plus dans cette résidence se trouve l’un des messagers personnels d’Oussama Ben Laden en qui ce dernier a accordé toute sa confiance.?Messager que n’ont pas arrêté de traquer les services secrets dans l’espoir de tomber sur le chef d’al-Qaida.

Barack Obama est régulièrement informé des avancées sur ce dossier. Et la semaine dernière, il juge que son équipe a récolté suffisamment de renseignements pour agir.?On connaît la suite.?Dimanche après-midi, heure de Washington, le coup d’envoi de l’opération est lancé. Agissant sous les ordres de Leon Panetta, directeur de la CIA, une petite équipe composée de Navy Seals – les troupes d’élite de la Marine américaine notamment employées dans le cadre de missions antiterroristes, de reconnaissance ou de guerre non conventionnelle – s’embarque à bord de plusieurs hélicoptères pour un raid qui s’annonce dangereux selon les dires d’un haut responsable américain.

Direction, Abbottabad. Leur mission, du moins officiellement, capturer Oussama Ben Laden dans la perspective de le présenter devant la Justice.?Leur cahier des charges, tout mettre en œuvre pour ne pas provoquer de victimes parmi les femmes et enfants qui occupent l’immeuble ou les voisins.?Bref, ce raid se veut chirurgical.

Dans cette opération, le pays de l’oncle Sam la joue cavalier seul. D’abord, il ne prévient pas les autorités pakistanaises de ce qui se trame ce fameux dimanche. «?Le Pakistan a compris depuis longtemps que nous sommes en guerre avec al-Qaida,a affirmé un haut responsable de l’administration Obama. Les États-Unis avaient l’obligation légale et morale d’agir sur la base des informations dont ils disposaient.?» Informations qu’ils n’ont pas partagées avec les autorités pakistanaises puisqu’ils se sont bien gardés de leur révéler les renseignements qu’ils avaient glanés sur la résidence d’Abbottabad.

Mais que font les commandos une fois arrivés sur place?? Encore maintenant, des zones d’ombre subsistent.?Tout juste sait-on de la bouche du président des États-Unis qu’«?après un échange de coups de feu, ils (les Navy Seals – NDLR) ont tué Oussama Ben Laden et ont récupéré son corps?». Un responsable américain a révélé pa