Les uns sont manifestement effrayés, les autres semblent sincèrement tomber des nues : les habitants de la coquette Abbottabad, ville garnison entourée de collines verdoyantes très prisée des estivants pakistanais, ont du mal à croire qu’Oussama ben Laden vivait là, dans une villa cossue et ultra-sécurisée.

Certains experts le disaient terré dans une caverne des contreforts himalayens inexpugnables dans les zones tribales du nord-ouest du Pakistan, d’autres le voyaient volontiers incognito au milieu des quelque 18 millions d’habitants de la mégalopole méridionale de Karachi…

Mais à Abbottabad, on ne réalisait pas encore lundi que les forces spéciales américaines héliportées dans la nuit avaient tué leur pire ennemi, le chef mythique d’Al-Qaïda, au terme de près de dix ans de recherches, dans une villa de trois étages de la banlieue chic, ceinte de hauts murs coiffés de barbelés.

Le tout à environ deux heures de route au nord d’Islamabad, dans l’une des villes considérées comme les plus tranquilles et sûres du nord-ouest, abritant l’une des écoles militaires les plus prestigieuses du Pakistan.

«?Je n’avais pas la moindre idée de ce qui se passait là?», assure Wassem non loin de la villa. «?C’est un quartier très calme, le plus paisible?» de la zone, explique cet habitant.

Ejaz Mahmood, un tailleur, a entendu une puissante explosion peu après minuit et aperçu «?une grosse boule de feu descendre du ciel?» au début de l’attaque.

«?C’est de la comédie?!?»

Les résidents étaient abasourdis quand ils ont vu à la télé le président américain Barack Obama annoncer que Ben Laden avait été tué dans leur ville.

«?On s’est senti déprimé?», lâche Ejaz Mahmood. «?On s’est fait du souci pour notre ville, devenue d’un coup le centre du monde?», dit-il.

La villa qui abritait Ben Laden jouxte des champs de pomme de terre et des eucalyptus bordent la petite vallée qui y mène, sur les flancs de collines verdoyantes.

Le mur d’enceinte, de quatre à six mètres de haut, était sévèrement gardé en fin de matinée par de nombreux policiers et soldats.

L’un d’eux, en faction à environ 300 m de là dans le cordon de sécurité, laisse même paraître son incrédulité. Le policier refuse de donner son nom. Ben Laden ici?? «?Je n’y crois pas un instant, personne n’y croit?», assène-t-il. «?On nous a appelés à trois heures du matin, l’opération était terminée depuis deux heures, on ne sait pas ce qui s’est passé?», jure-t-il avant de lâcher : «?C’est de la comédie?!?» Un chauffeur du coin reste lui aussi reste dubitatif. «?Ça ressemble à un film ou une sorte de jeu que jouent le Pakistan et les États-Unis?», juge-t-il.¦