Une superpatate méconnue

Eda

La «superpatate» Gasore fait fureur ces derniers jours. Un spécialiste fait le point sur l’histoire de cette pomme de terre aux multiples facettes.

La superpatate existe-t-elle vraiment? Si oui, où la trouver ? Et comment la cultiver ?….

Avalanche de coups de fils et de mails à notre rédaction, au centre de recherches agronomiques de Libramont, ainsi que chez divers grossistes (lire ci-contre). Depuis la publication, samedi, dans L’Avenir, d’un courrier de lecteurs vantant un type de pomme de terre appelée Gasore, particulièrement résistante aux maladies, la Wallonie entière s’interroge.

C’est auprès de Jean-Louis Rolot, ingénieur au Centre de recherches agronomiques de Gembloux que nous avons trouvé réponses à nos questions.

«La Gasore est effectivement une variété de pomme de terre obtenue à Libramont dans les années 70 et actuellement seule rescapée belge au catalogue national, condition sine qua non à sa commercialisation.» Il faudra pourtant attendre 25 ans avant de voir notre Gasore sur le marché : bien que résistante au mildiou, « son faible rendement et sa petite taille la rend peu intéressante aux yeux des producteurs.

» Sans compter que, sous sa chaire rosée, la patate belge est souvent de nature farineuse. En 1995, la Gasore trouve enfin son créneau dans l’industrie alimentaire.

« Elle sera exportée en France pendant plus de 15 ans. Elle y connaît son succès en bocal, précuite ou en plat préparé. »

En voie de disparition

La fin de l’histoire de la Gasore pourrait pourtant être signée dans les prochains mois. Parce que la patate belge est devenue moins rentable, les industries françaises viennent de résigner leur contrat et aucune alternative ne semble se présenter pour perdurer sa commercialisation.

Bientôt, faute de moyens pour assurer les différentes taxes relatives à sa mise en circulation, la pomme de terre sera retirée du catalogue national, et son unique producteur officiel devra cesser ses activités. La Gasore ne serait dès lors plus disponible sur le marché mais resterait conservée et protégée dans la banque de données du Centre de recherches de Libramont. Elle pourrait aussi s’intégrer dans un programme d’amélioration variétale et, par croisement, donner naissance à un nouveau type de pomme de terre alliant résistance et rendement.

Une superpatate ?

Si cette superpatate fait tant parler d’elle, c’est pour sa bonne résistance au mildiou, ennemi numéro un de la pomme de terre. Il est toutefois faux de croire que cela la dispense totalement de pulvérisation. «Même si elle est assez bien protégée en début de saison, il est réellement recommandé de lui soumettre deux à trois pulvérisations à partir de la mi-juillet. », explique Jean-Louis Rolot.

La Gasore n’est pas non plus la seule variété à jouir d’une telle immunité. L’Eden, par exemple, a elle aussi besoin de moins de pulvérisations.

> Deux grossistes où se procurer la Gasore : – Emond V & fils, à Chassepierre : 061 31 1485. – Laruelle, à St-Georges-sur-Meuse : 04 268 07 76

Submergés de coups de téléphone

Quinze coups de fils par jour, presque autant de mails et encore plus de visites, c’est ce à quoi doivent faire face, cette semaine, plusieurs grossistes de pommes de terre de Wallonie.

Depuis la parution du courrier des lecteurs dans L’Avenir de samedi où Hélène Poncelet présentait la Gasore, les mails sont tombés en nombre à la rédaction. Le constat est le même au Centre de recherches agroalimentaires de Libramont, où le téléphone n’arrête pas de sonner : cette pomme de terre suscite beaucoup d’intérêt.

«Nous en avons vendu 100 kg depuis lundi, explique l’un des grossistes. Des gens des quatre coins de la Wallonie veulent se procurer la Gasore pour l’essayer dans leur jardin… C’est surprenant ! »

Alors qu’ils n’en vendaient pas plus de 800 à 1000 kg par an les autres années, les grossistes et autres fournisseurs sont pris au dépourvu par un tel engouement. Il devrait néanmoins y en avoir pour tout le monde