Des pistes vertes de « rééquilibrage »

L’accord interprofessionnel que le gouvernement veut mettre en œuvre est déséquilibré, juge Écolo. Les « Verts » tenteront de l’amender dans un «troisième tour parlementaire».

Le « troisième tour parlementaire » commence pour le projet d’accord interprofessionnel (AIP). Et les « Verts» ne comptent pas laisser passer l’occasion de rééquilibrer la proposition adoptée par le gouvernement, après le rejet, par la FGTB et par la CGSLB, du texte négocié au sein du « Groupe des Dix ». « Le rejet de l’AIP par le syndicat socialiste et par le syndicat libéral, et les réactions enregistrées depuis lors montrent bien qu’il existe un déséquilibre au détriment des travailleurs », pose le député Georges Gilkinet.

Impliquer les employeurs

Avec Groen !, Écolo va proposer six amendements aux projets d’arrêtés royaux, soumis au Parlement dans les prochaines semaines. D’abord pour augmenter le salaire minimum : les syndicats réclamaient 50 euros par mois; le gouvernement propose 10 euros, à charge du budget de l’État ou de la Sécurité sociale ; Écolo suggère 2x20 euros mensuels, dont la moitié à charge des employeurs. « Hors la hausse de 2x25 euros accordée par l’AIP de 2007-2008, ce salaire minimum n’a plus été augmenté depuis 1993», rappelle Georges Gilkinet.

Dans la foulée, la norme salariale (0,3% en 2012) ne doit être qu’indicative, suggèrent les « Verts ». Quant au rapprochement des statuts ouvrier et employé, il ne peut se faire au prix de la diminution des préavis des employés. Quant au préavis ouvrier, il doit, comme le prévoit l’accord gouvernemental, croître de 15% en 2012, mais sa hausse doit être de 20 % en 2014. À charge des employeurs. «Non seulement le préavis maintient le pouvoir d’achat, mais son coût doit avoir un effet dissuasif », insiste le député écologiste namurois.

Le jour de carence, «qui crée une discrimination intolérable entre ouvriers et employés » doit être supprimé pour les ouvriers. Et là aussi, les employeurs doivent être impliqués : ce jour de carence doit relever du salaire garanti au plus tard pour 2014.

Aux mesures anti-crise dont la prolongation a été décidée par le gouvernement, écologistes du nord et du sud du pays réclament, enfin, d’ajouter la réduction collective du temps de travail, et le crédit- temps de crise.

La dernière carte dans leur manche porte sur les économies d’énergie (cf. ci-contre) : classique ? «C’est une manière de réduire la pression sur les salaires » argumente leur leader historique, le sénateur Jacky Morael. Le troisième tour parlementaire aura des prolongations !

Intégrer la productivité des ressources

Les remous qui agitent le monde arabe pour l’instant ont fait grimper le prix du baril de pétrole, mais, sous la pression des pays émergents, les matières premières et l’énergie coûteront toujours plus cher, professe Olivier Deleuze. « Et la productivité ne peut se mesurer à la seule variable “coût salarial”, mais faire l’objet d’une approche globale » prolonge Jacky Morael. Innovation, formation, recherche et développement, et coûts énergétiques sont également à prendre en considération.

La proposition de loi Écolo-Groen! visant à modifier la loi du 26 juillet 1996 sur la promotion de l’emploi et la sauvegarde de la productivité veut donc intégrer la productivité des ressources dans la concertation sociale. «Des indices connus balisent l’évaluation », détaille Olivier Deleuze : la quantité de matières utilisées ; la consommation finale d’énergie ; l’adoption de la norme « Eco-Management and Audit Scheme», et le nombre de brevets déposés relatifs aux énergies vertes. Les économies ainsi générées ne seront plus réclamées sur les salaires, professe le chef de groupe « Vert ». Le pari est lancé. Phi.Le.