Contador, Ovtcharov, viande bovine et autres histoires

Contador, Ovtcharov, viande bovine et autres histoires

Contador jure n'avoir "jamais triché". La main sur le coeur... Belga

L'Espagne a fait front: Alberto Contador est provisoirement tiré d'affaire. Mais personne, sorti de son pays d'origine, ne semble croire à son histoire de viande intoxiquée. Et, de fait, les raisons de douter ne manquent pas... Alors: gentil ou méchant, Alberto? A vous de juger, mais...

Ils sont trop forts, ces cyclistes: quand ils ne prennent pas les médicaments du chien, le traitement de la grand-mère, des pastilles pour la gorge ou ne chopent pas un virus tropical rarissime et qui n'avait plus frappé depuis 1813, (et encore, au Honduras, quand le vélo n'y existait pas), ils tombent sur le seul morceau de viande de boeuf avarié du continent.

Alberto Contador est donc blanchi. C'est plutôt singulier pour un garçon qui risque bien de devenir, en juillet prochain, la nouvelle bête noire officielle du public du Tour de France. Il est comme ça, l'Espagnol, il ne fait pas les choses à moitié: tant qu'à prendre la succession de Lance Armstrong, autant en accepter l'héritage complet, rancune et suspicions comprises.

Ce qui frappe dans le cas de Contador, c'est que son innocence ne semble convaincre personne, même pas... le milieu du cyclisme lui-même, où l'omerta autour du dopage n'a jamais vraiment été brisée depuis l'affaire Festina, malgré Bassons, Kohl, Millar et les autres repentis (qui a dit Ricco?). Ainsi Boonen vient-il de s'interroger publiquement sur la non condamnation du triple vainqueur de la Grande Boucle sur le thème "selon que vous soyez puissant ou misérable". Sortie surprenante, mais révélatrice du peu de crédit accordé à la défense de Contador.

Depuis hier, ce dernier pavoise, tranchant au passage avec la prudence de Bjarne Riis, son nouveau manager (et tricheur notoire à l'époque où il enfilait son cuissard), qui a estimé qu'il fallait vivre avec "l'incertitude et l'éventualité d'un appel". Contador, lui, est ravi. "Soulagé" de cette décision, et "heureux" qu'on ait lavé son honneur. Il enfonce publiquement le clou et assène qu'il a "toujours dit la vérité". Et se transforme même en prophète en espérant que son cas démontre "qu'il existe certaines normes qui ne sont pas en accord avec les avancées scientifiques et doivent être revues." Appelez-le Professeur Contador.

Enfin,bref: il n'a "jamais triché".

Au-delà du fait qu'on ne saurait trop lui conseiller la discrétion alors qu'un appel de l'UCI et de l'AMA reste possible, voire probable (on n'ose plus jurer de rien), on peut formuler plusieurs remarques objectives concernant les thèses avancées par la défense de l'Espagnol:

1. Blanchi, mais par qui? L'acquittement de Contador ressemble à un plan de sauvetage national, auquel ont contribué, et la vox populi, et ses appuis médiatiques, et sa fédération, et, plus grave, le gouvernement hispanique puisque Jose Luis Zapatero, son chef, s'est lui-même introduit au coeur de la polémique en estimant, sur son compte Twitter, qu'il n'existait "aucun argument juridique pour sanctionner Contador" (après une telle marque d'amitié, on est surpris qu'il ne l'appelle pas simplement Alberto). Une intervention déplacée qui fait voler en éclat la séparation des pouvoirs la plus élémentaire. Et une pression intenable ainsi exercée sur les juges et compatriotes de Contador, lesquels l'ont donc blanchi. Alleluia.

2. La jurisprudence Ovtcharov. Lorsqu'il a été pris la main dans le pot de clenbutérol par le laboratoire de Cologne, le 23 août dernier, Contador a d'abord demandé une contre-expertise, également positive. Ce n'est que le 30 septembre, lorsqu'il a officialisé son contrôle positif lui-même, que l'Espagnol et ses conseillers juridiques ont avancé la thèse d'une viande contaminée pour le justifier. Ils ont donc eu un mois pour mettre au point leur système de défense, et ainsi se calquer sur celui de Dimitrij Ovtcharov, un pongiste allemand suspendu pour des faits similaires. Fin octobre, ce dernier était même acquitté. Et les avocats du bel Alberto n'ont de cesse, depuis, de le citer en exemple,  lui et la jurisprudence qu'il représente, pour mieux crier au loup. Et à l'injustice. Forcément. Les deux cas sont-ils comparables? Oui et non. Car là où Ovtcharov incrimine la viande servie dans un hôtel chinois (un cinq étoiles, tout de même), Contador raconte, la bouche en coeur (et la main dessus, tant qu'à faire), que c'est l'un de ses amis qui lui a apporté, en plein Tour 2010, le bout de bidoche qui lui a déréglé le système sanguin. Après tout, toute personne un peu éduquée offre un morceau de viande à ses amis quand il leur rend visite. Surtout à l'étranger.

3. Les éleveurs s'insurgent. Hier soir, les éleveurs espagnols de viande bovine sont cependant venus troubler l'étonnant pacte de non agression qui semble perdurer en Espagne autour de Contador. Ils se sont déclarés furieux que le coureur salisse leur réputation en affirmant que son contrôle positif est dû à la viande espagnole qu'il aurait consommée. L' Association espagnole des producteurs de viande bovine ajoute, qu'il est "coupable de tenter de blanchir son image, profitant du soutien de l'opinion publique et d'une partie de la classe politique, au détriment de tout un secteur de production qui fait vivre plus de 150 000 familles en Espagne". Un autre chiffre frappe dans le communiqué diffusé: celui-ci stipule que, "sur un total de 14 179 analyses réalisées l'année dernière sur des bovins, il n'y a pas eu un seul cas positif de clenbutérol dans le pays". Que peut-on en conclure, au-delà du fait que les boeufs espagnols ne se dopent pas? Que, statistiquement, il faudrait une coïncidence phénoménale pour que la présence, même infime, de clenbutérol dans l'organisme d'Alberto Contador soit due à un morceau de viande bovine espagnole.

Mais, bien entendu, Contador a "toujours dit la vérité". Après.tout, si l'Espagne le croit sur parole, on peut faire un effort aussi. Mais un gros, alors..