Abus sexuels: responsabilité et indemnisations sont des questions toujours délicates

Abus sexuels: responsabilité et indemnisations sont des questions toujours délicates

Mgr Harpigny a été entendu par la Commission "Abus sexuels". Belga

La Commission "Abus sexuels" de la Chambre a entendu deux évêques ce lundi.

le paiement éventuel d'indemnisations aux victimes d'actes de pédophilie de la part de membres du clergé a été longuement évoqué, tant par Mgr Luysterman que par Mgr Harpigny. Ils ont tous deux expliqué que les réticences exprimées par les évêques reposent notamment sur le danger de voir affluer des demandes de type collectif qui engendreraient des dommages impossibles à payer pour l'Eglise. Les deux évêques ont joué (pour Mgr Luysterman) ou jouent (pour l'évêque de Tournai Mgr Harpigny) le rôle de "référendaire", entre la Conférence épiscopale et la Commision interdiocésaine chargée de traiter des plaintes touchant à la pédophilie.

La question de l'indemnisation est intimement liée à celle du pardon que pourraient exprimer les évêques au nom des prêtres abuseurs. Cette demande de pardon entraînerait une responsabilité morale à propos des faits commis et dès lors une responsabilité juridique et des indemnités difficiles à évaluer concernant notamment les frais de traitement psychologique des victimes et de leurs familles.

Système global d'indemnisation des frais thérapeutiques

Cette réalité commence toutefois à émerger au sein de l'Eglise, où l'on pourrait imaginer un système global d'indemnisation des frais thérapeutiques mais il faudra encore faire du chemin, a confié l'évêque de Tournai, à titre personnel.

Il s'est aussi dit favorable à ce que l'Eglise communique d'office à la justice les faits de pédophilie dont elle a connaissance. Se posent toutefois les problèmes du fait que certaines victimes ne veulent pas porter plainte et aussi des limites du secret de la confession.

L'évêque de Tournai a dit avoir eu à connaître de deux cas de pédophilie dans son évêché. L'un concernait un prêtre qui n'avait pas fait de victime directe mais qui consultait du "matériel" ayant trait à la pédophilie. Il l'a relevé de toutes ses fonctions et confié pour un temps à une abbaye. Il a ensuite été condamné avec sursis par la justice et placé dans une fonction où il est surveillé par les autorités ecclésiastiques et civiles.

L'autre cas concerne un prêtre qui a été victime d'abus de la part d'un autre prêtre lorsqu'il était enfant. L'abuseur a ensuite figuré parmi ses supérieurs hiérarchiques et aurait exercé un harcèlement moral sur son ex-victime. Celle-ci a dû suivre un traitement psychiatrique et l'abuseur, aujourd'hui âgé de 80 ans, a démissionné de ses fonctions. Mgr Harpigny attend la décision de justice pour prendre éventuellement d'autres mesures.

Pas pour l'impunité

Il n'est pas favorable à l'impunité, même si parfois les auteurs des faits délictueux sont aujourd'hui très âgés. Mais la difficulté réside dans le fait qu'une fois la peine de justice exécutée, l'Eglise doit s'occuper du prêtre condamné et le nommer à un poste officiel rémunéré par l'Etat, sous peine de voir l'évêque devoir lui-même subvenir aux besoins de l'ex-abuseur.

L'évêque a encore dit sa volonté d'entamer une procédure canonique disciplinaire à l'égard de tous les responsables impliqués dans les dossiers communiqués à la Commission interdiocésaine traités par la justice, même si les auteurs sont très âgés.

Nos dernières videos