Lisez l'interview complète de Bart De Wever à "Der Spiegel"

Lisez l'interview complète de Bart De Wever à "Der Spiegel"

"Der Spiegel" est un magazine allemand connu en Europe pour ses enquêtes. Dans son édition de lundi, il consacre une page à Bart De Wever. Le titre est extrait de l’interview du leader de la NVA: La Belgique est "l’homme malade de l’Europe". Der Spiegel

L'interview de Bart De Wever au journal allemand "Der Spiegel" a fait couler beaucoup d'encre ce lundi. Nous vous la proposons en intégralité.

"La Belgique est le malade de l’Europe"

M. De Wever, combien de temps donnez-vous encore à la Belgique?
Je ne suis pas un révolutionnaire ; je n’œuvre pas à la fin immédiate de la Belgique. C’est d’ailleurs inutile, car la Belgique va disparaître spontanément. Ce que veulent aujourd’hui les Flamands, ce sont les compétences en matière judiciaire et fiscale et dans le domaine de la politique sociale. De notre point de vue, la politique étrangère devrait être du ressort de l’Union européenne. A terme, l’Etat belge n’a pas d’avenir : il est trop petit pour nourrir de grandes ambitions politiques et trop hétérogène pour gérer des compétences comme la fiscalité ou la politique sociale.

Avec ces arguments, la Bavière aurait déjà fait sécession de l’Allemagne depuis des lustres.
Non, la Bavière fait partie intégrante de la démocratie allemande. L’histoire allemande montre un pays qui s’est uni. L’histoire belge est celle d’un pays qui se désagrège. Avec des conséquences fatales : en 2003, l’économiste allemand Hans-Werner Sinn déclarait: « L’Allemagne est le malade de l’Europe ». Les entreprises fuyaient le pays ou faisaient faillite. Le citoyen voyait la pression fiscale augmenter sans arrêt. Aujourd’hui, l’Allemagne a retrouvé un rôle de leader en Europe et la Belgique, à la suite de querelles politiques sans fin, est devenue le malade de l’Europe.

Vous avancez des arguments économiques pour permettre à la Flandre de faire sécession?
Je me répète : s’il était possible de réaliser les réformes indispensables dans l’Etat Belgique, je ne m’y opposerais pas. Mais ce n’est pas possible. Les Wallons, et les socialistes en particulier, en tant que premier parti francophone, empêchent toutes réformes sensées. C’est ce qui me fait dire: la Belgique ne fonctionne plus! La Belgique est une nation qui a échoué.

Vous voulez la naissance de nouveaux petits Etats, alors que partout autour de vous, on travaille à une Europe unie?
L’évolution de l’Europe et, en particulier, l’introduction de l’euro rendent une scission beaucoup plus facile. Avant, je pensais que l’abandon du franc belge aboutirait à une catastrophe économique. Aujourd’hui, les deux parties de la Belgique utilisent l’euro, simplement.

On entend souvent dire que la Belgique ne doit plus son unité qu’à la bière, au football et à la maison royale. Mais les Flamands et les Wallons ont leurs propres bières, le football belge pratique un football de seconde zone et ne participe pas à l’identification nationale. Reste le Roi.
Beaucoup de gens ont une vision romantique de la monarchie. Même dans la France républicaine, le président ressemble à un monarque. Mais la monarchie appartient à l’Ancien Régime, elle est révolue. Pour moi, le Roi n’est pas important.

Mais c’est quand même à lui que les politiques demandent d’œuvrer à la formation d’un gouvernement.
Le problème réside dans le rôle politique que le Roi continue à exercer. En temps de crise, le rôle du Roi devient important, car il chapeaute la formation du gouvernement. Pour nous, Flamands, cette situation est problématique, parce que le Roi n’a pas les mêmes idées que nous. Pour les Wallons, c’est un avantage et ils forment une alliance avec lui. Nous sommes en faveur d’une république.

Six mois après les élections législatives, il n’y a toujours pas de gouvernement. Le Roi a-t-il échoué?
C’est une question très dangereuse parce que le Spiegel est également lu en Belgique.

Répondez sincèrement, svp.
Chaque jour qui passe rend la formation d’un gouvernement fédéral plus difficile. Si nous participons à un tel gouvernement, nous courons le risque de perdre les prochaines élections. Nous avons été élus pour apporter des changements radicaux et les électeurs ont confiance que nous ne baisserons pas pavillon après six mois de négociations.

 De nouvelles élections sont encore possibles. Le Ministre-président de la Région de Bruxelles-Capitale, un socialiste francophone, déclare que cela marquerait la fin de la Belgique.
Je remarque que ceux qui ne veulent pas la fin de la Belgique sont les premiers à en parler.

Vos adversaires pensent que vous bloquez les négociations pour provoquer de nouvelles élections et engranger encore plus de voix.
Nous avons une stratégie, qui n’est un secret pour personne : nous voulons évoluer progressivement vers une Flandre indépendante et vers l’Europe. Une révolution n’est pas à l’ordre du jour, car je reste un conservateur convaincu : je ne suis pas un aventurier.

Pourquoi les Wallons accepteraient-ils l’autonomie financière de la Flandre? La Flandre, économiquement prospère, les asphyxierait et les dominerait.
Nous sommes favorables à une solidarité, même financière. Nous pouvons envisager d’aider la Wallonie, mais à des conditions normales. Cet argent ne doit pas s’apparenter à une injection de drogue, comme pour un toxicomane.

Mais l’histoire de la Belgique n’a-t-elle pas connu une époque où les rôles étaient inversés ? Où beaucoup de Flamands gagnaient leur vie au sud du pays.
La Wallonie était effectivement performante, sur le plan économique, au 19e siècle et au début du siècle dernier. Cependant, il n’était pas question de transferts financiers vers la Flandre. Seuls les entrepreneurs résidant à Bruxelles étaient riches. Dire que les Flamands ont bénéficié de la solidarité de la Wallonie et que nous ne voulons pas rendre la pareille à présent que nous sommes riches, c’est de la désinformation.

Pour vous, cela ne se résume donc pas à une question d’argent?
Naturellement. Notre identité nationale et culturelle est aussi en jeu. Parler de ces sujets, cela peut faire un peu vieux jeu aujourd’hui. L’expression à la mode, c’est le « citoyen du monde », le plus mobile possible, flexible et riche. En fait, la grande majorité des gens craignent la mondialisation et se pose la question de leur appartenance ? Ce n’est pas différent en Flandre.

Et à ces personnes-là, vous proposez une "identité flamande"?
Oui. Quand des gens ne trouvent plus une identité culturelle et sociétale, ils se détournent des partis démocratiques et se tournent vers ceux qui propagent des idées nationalistes malsaines et en partie racistes. Ceux-là disent : Nous sommes menacés ! Renvoyons les étrangers chez eux ! Chassons ces religions étrangères.

Ce n’est pas votre slogan?
Nous visons l’intégration des étrangers, pas leur expulsion. Mais c’est justement cette intégration qui manque. Chez nous, en Belgique, les immigrés de la quatrième génération vivent encore entre eux. Le grand-père était un étranger, tout comme ses fils, puis les fils de ses fils, etc. Chez nous, même le président Obama serait encore un étranger. Si nous ne résolvons pas ce problème, un nombre croissant de personnes vont répondre aux sirènes populistes de Geert Wilders ou de Jean-Marie Le Pen.

Pour beaucoup de Belges, Bart De Wever est comme le loup dans la bergerie. Il avance gentiment, mais dès qu’il le pourra, il croquera l’agneau.
Si ces personnes voyaient juste et si j’étais réellement un politique d’extrême-droite qui cache sa vraie nature, pourquoi n’ai-je pas rallié immédiatement le Vlaams Blok en 2003?

Vous parlez de ce parti d’extrême-droite séparatiste flamand.
Ils ont recueilli un quart des voix en 2004, précisément 24 % : ils devenaient ainsi la plus grande force politique de Flandre. Chez eux, mon siège au Parlement était assuré. Pourtant, à cette époque, j’ai rejoint un minuscule parti.

Pour quelle raison?
Je ne veux pas être lié aux mouvements de la droite populiste. Ils portent préjudice au mouvement flamand.

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