COMMENTAIRE POLITIQUE

Le coup bas du "flämischen Nationalistenführer"

Le coup bas du "flämischen Nationalistenführer"

La derrnière provocation de Bart De Wever Reporters

Bart De Wever a le sens du "momentum" c'est connu. L'interview qu'il vient d'accorder dans le Spiegel va bien dans le sens de l'histoire politique que nous sommes en train de vivre. Et n'en déplaise au boss de la N-VA, ce sens, c'est celui du chaos.

Sur son site internet, Der Spiegel présente ainsi son entretien avec Bart De Wever: "Interview mit dem flämischen Nationalistenführer über di Krise seines Landes". Pas besoin de traduction. Cela se comprend tout seul . 

Dans cette interview, Bart De Wever utilise donc la Dicke Bertha, vous voyez cette grosse pièce d'artillerie utilisée par les Allemands durant la guerre 14-18. A croire que cette rencontre avec l'hebdomadaire teuton lui a donné des idées à notre Bart. 

Le problème c'est qu'à défaut d'être précise, la grosse Bertha, elle fait des dégâts. Des gros dégâts. Ce matin dans l'édito que j'écrivais pour la version papier de "L'Avenir" je disais encore que "Oui, il faut la N-VA au sein du gouvernement". Pour des raisons évidentes, nier la N-VA, c'est nier le message des électeurs flamands et c'est aller vers plus d'incompréhension. L'interview de ce matin en vient même à ébranler ce postulat. Comment voulez-vous établir une relation de confiance avec un homme politique aussi imprévisible?

 1. L'accusation injurieuse vis-à-vis des Francophones

Après le chèque en blanc pour Bruxelles, l'argent de poche pour les Francophones voilà la drogue pour les junkies wallons. Faut pas exagérer. Là, Bart fait dans la surenchère.

Quel est son but? Franchement, dire des trucs pareils relève de la tactique kamikaze. Si cela ne sert pas à faire capoter les négociations, c'est à n'y plus rien comprendre.

Si le MR était amené à prendre part aux négos maintenant, j'y réfléchirais à deux fois. Autant entamer des discutions avec la N-VA les mois précédents restait une chose sensée. Le faire aujourd'hui serait plutôt suspect... Discuter avec un type qui vous traite de junkie? Non mais...

C'est de la provoc'. Bête et brutale.

2. "La Belgique? Le malade de l'Europe"

Alors là, splendide! Alors qu'il y a quelques semaines, Bart de Wever critiquait ceux qui mettait la pression économique sur les négociations le voilà qui renforce l'image d'un pays en déliquescence à l'étranger.

Der Spiegel, ce n'est pas un toutes-boîtes flamand. C'est un hebdomadaire beaucoup lu avec une vraie image internationale. Lâcher des idioties pareilles dans ce média, c'est irresponsable, point barre. C'est jouer avec l'image du pays, c'est jouer avec sa force économique. 

Encore une fois, Bart De Wever s'enfonce dans un de ses défauts les plus fondamentaux, sa volonté de plaire... S'il en vient à cette comparaison dans l'interview, c'est aussi pour flatter l'Allemagne par une comparaison: "Aujourd'hui l'Allemagne est redevenue la locomotive de l'Europe et la Belgique après des querelles politiques interminables, est devenue le malade de l'Europe".    

Pour Bart De Wever: "La Belgique est une nation qui a échoué". Le refrain est connu, mais l'interprétation est plus que jamais violente et nihiliste.

3. Et donc?

Que la N-VA se positionne une fois pour toutes. Que Bart De Wever prenne ses responsabilités. Il ne veut pas d'un gouvernement fédéral, il veut interrompre les négociations, jeter l'éponge. Qu'il le dise, mais sans duplicité ni double langage sournois.

Pour l'instant, c'est tout un pays qu'il prend en otage. Accuser les socialistes wallons de bloquer toute réforme relève de la caricature stupide et pathologique.

Pourtant Bart devrait se méfier des caricatures comme il le dit dans le Spiegel: "Di Rupo, pendant des années, nous l'avons considéré comme un petit comique, comme une caricature (...) Cela dit quand on apprend à le connaître personnellement, on ne peut que changer d'avis".

Alors, des élections en février? Comme c'est parti, sans doute. Mais cela n'arrangera rien et Bart De Wever le sait. C'est ça qui est inquiétant.   

 

Post Scriptum:

'Führer' est évidemment à prendre dans le sens de la traduction littérale 'chef', 'dirigeant', 'guide'. Mais c'est vrai que ce terme a toujours une curieuse résonnance à nos oreilles. L'utiliser n'est que l'effet boomerang d'une provocation initiée par De Wever. A ce titre, il est intéressant de lire dans 'Le Soir' l'interview du correspondant du Spiegel qui a mené l'entretien: 'Bart De Wever est un personnage intéressant, en plus d'être un 'client' pour un journaliste. C'est un provocateur. Je pense à des hommes politiques comme Geert Wilders aux Pays-Bas, à un Jean-Marie Le Pen en France, même si la comparaison a ses limites: De Wever n'est pas islamophobe, me semble-t-il, et il n'est pas d'extrême droite'.

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