CRISE POLITIQUE

Des élections le 27 février?

Des élections le 27 février?

EdA Jérôme Heymans

Suite au souci familial de Johan Vande Lanotte, les négociations sont suspendues. Elles devraient reprendre lundi et risquent de durer encore jusque fin décembre au moins. En attendant, le scénario d'élections le dimanche 27 février apparaît.

Crash des négociations fin décembre, élections le 27 février prochain? Ce scénario du chaos total court. Mais d’autres options restent accessibles. «On n’a pas le sentiment qu’on va droit aux élections. Même la N-VA ne les souhaite pas dans l’immédiat », dit l’un. « La case élection n’est pas encore cochée dans les agendas. Vande Lanotte tentera un équilibre sur l’autonomie fiscale », estime l’autre.

A part des élections ou un incroyable accord, quelles sont les options? On envisage un gouvernement provisoire qui pourrait élaborer un budget. On évoque la possibilité (encore vague) d’inviter de nouveau partenaires à table (les libéraux? Qui d’autre?)

Une quasi-certitude: on n’empêchera pas les Belges de manger leur dinde tranquillement. Mais passé ce moment de joie et d’allégresse... Les négociations continueront donc, d’une manière ou d’une autre, jusqu’à la fin décembre. Jusqu’à la fin d’une présidence européenne belge sans accroc ni éclat.

Tout est à l'arrêt

La maman du conciliateur royal a été hospitalisée d'urgence hier après-midi. Le processus des négociations a été stoppé net. Pour quelques jours.
Un coup d'arrêt inattendu. Hier après-midi, au beau milieu de négociations tourmentées, le conci liateur royal a tout planté là. Sa maman venait d'être hospitalisée d'urgence. On parle d'une thrombose ou d'une hémorragie cérébrale. Dans l'entourage de Johan Vande Lanotte, on opposait un «pas de commentaire» et on demande la discrétion.
Dans la foulée, Bart De Wever prenait la parole au Sénat pour annoncer la triste nouvelle. Il s'est exprimé jeudi au nom de l'ensemble des partis associés aux discussions, dont les représentants souhaitent «beaucoup de courage» au conciliateur. Elio Di Rupo, le Président du PS, envoyait «tous ses voeux d'amitié et de soutien à M. Johan Vande Lanotte et à sa famille» . Joëlle Milquet, pour le cdH, faisait de même. «Johan Vande Lanotte doit pouvoir passer le temps nécessaire au chevet de sa maman», estimait-elle.
L'unanimité s'est faite au sein des sept partis (une première!) pour respecter ce temps de suspension. Les négociations sont donc interrompues pour quelques jours. Au moins. Le matin même, les francophones étaient retournés voir Vande Lanotte qui leur avait dressé un bilan de la situation. La N-VA et le CD&V exigent une autonomie fiscale plus conséquente que celle imaginée par le conciliateur. Une partie de ping-pong entre techniciens francophones et flamands devait s'engager aujourd'hui. Reportée.
Ce coup de théâtre, si l'on ose dire, ramènera peut-être les négociateurs les pieds sur terre. Car, ces derniers jours, les spéculations les plus sombres se dessinaient à l'horizon. «Les grilles du Palais de Laeken sont gelées. Johan Vande Lanotte doit continuer jusqu'à ce que ça se réchauffe», ironisait-t-on, avant d'apprendre la mauvaise nouvelle.
Les négociations patinent sur le verglas depuis le début de la semaine. Le conciliateur royal ne parvient pas à dégager son véhicule institutionnel. La perspective d'un retour aux urnes, impasse suprême, s'impose doucement. On parle de février. «Le dimanche 27 février?», parie l'un.
Un élément pourrait être déterminant : les sondages. Une grande nervosité a gagné le monde politique. Ça gesticule et ça se pousse au balcon. La semaine prochaine, on sera en pleine semaine de test pour le prochain baromètre de «La Libre». Les résultats sortiront le 19 décembre prochain.
Et, là, les négociations pourraient subitement redémarrer ou se crasher pour de bon. Suivant que le thermomètre chauffera ou se refroidira pour la N-VA. «Si le prochain sondage montre que la N-VA augmente encore, elle aura moins de raisons de faire des concessions. Le climat va devenir encore bien plus tendu. Mais il suffirait d'un sondage en léger recul pour la N-VA pour qu'elle soit soudain capable d'un compromis», estime Pierre Verjans, politologue à l'Ulg.
Car, fait remarquable, la N-VA est hyper-sensible aux médias. «On espère un sondage alarmant pour la N-VA», grogne un observateur francophone, sans trop y croire. «Mais du côté du PS, ça ne bougera pas. Ils garderont leur win for life comme depuis 25 ans», ajoute ce dernier.
Depuis six mois, dans le chef des négociateurs de tous bords, une seule obsession : la N-VA veut-elle réellement un compromis? «La N-VA est coincée entre deux peurs, analyse Pierre Verjans. La peur des conséquences à la Leterme (pas d'accord et une chute aux élections). La peur des conséquences à la Hugo Shiltz (un accord et apparaître faible sur le nationalisme flamand).» La question reste ouverte. Plus que jamais.
 

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