MONDIAL 2018

Mondial 2018: L'Afrique du Sud s'en mord les doigts

Mondial 2018: L'Afrique du Sud s'en mord les doigts

Les trois stades impayables ont fait du mal à lAfrique du Sud. Reporters

L'organisation du Mondial n'a pas que du bon. Pour l'Afrique du Sud, ce sont surtout des espoirs déçus et de l'argent perdu.

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Cette Coupe du monde 2010, c’était l’espoir de toute une nation : un renouveau, l’amélioration de leurs conditions de vie. L’OSEO (OEuvre suisse d’entraide Ouvrière) a tenté de faire le bilan. «L’heure est au désenchantement : fausses projections, pronostics trop optimistes et espoirs déçus», écrit l’ONG active dans la lutte pour une société plus juste sur le plan social, économique et politique. La première fausse note dans le bilan sud-africain, ce sont les dépenses du gouvernement. Les prévisions étaient d’un peu moins de 243 millions €. Et au décompte final, l’Afrique du Sud a investi plus de 4 milliards, soit presque seize fois plus. En termes de retombées financières, on ne fait pas mieux. Le pays estimait son gain à près de 500 millions €. Et pour seul reste, il y a, «même selon des estimations optimistes, une perte nette de 20 milliards de rands (NDLR : plus de 2 milliards d’euros) » déplore l’OSEO dans un rapport datant du mois d’octobre.

Le seul vrai gagnant : la FIFA

Le seul vrai gagnant dans cette histoire, c’est la FIFA. Elle a augmenté ses bénéfices de 50% par rapport à 2006, réussissant même à se faire exempter d’impôts sur l’ensemble de ses ventes. «Les privilèges que nous avons dû octroyer à la FIFA étaient tout simplement excessifs. Ils ont rendu impossible le moindre gain financier pour l’Afrique du Sud », admettait Adrian Lackey, porte-parole des autorités fiscales sud-africaines. Dans le domaine de la construction aussi, ce sont les petits qui ont trinqué au profit des grands. «Les cinq plus grandes entreprises de la construction actives en Afrique du Sud ont connu une très nette augmentation de leurs bénéfices », souligne l’OSEO.

Les directeurs auraient profité de l’occasion pour augmenter leur salaire d’environ 200 %. Le problème est, à côté de ça, les ouvriers qui ont dû mener 26 grèves locales et une grève nationale pour obtenir un salaire «proche de la décence ». De plus, la hausse d’emploi n’a pas perduré. «En juillet 2010, on dénombrait même une perte de 4,7 % d’emplois par rapport au même mois, en 2009 », explique l’OSEO.

Au bord de la faillite suite à «de graves erreurs»

Au niveau des stades, près de cinq milliards € ont été investis. Prenons l’exemple du stade Green Point, situé au Cap. Ce stade a coûté près de 400 millions d’euros. Il est aujourd’hui au bord de la faillite.

« Il serait totalement irresponsable de ne pas faire face à la réalité, explique Morne Du Plecis, directeur exécutif du Consortium Sail/Stade de France, qui devait s’occuper de la gestion de cette infrastructure au-delà du Mondial. Nous avons fait de graves erreurs dans l’estimation des coûts et dans les prévisions de bénéfices qu’aurait pu générer ce stade ». Conclusion ? La société française se retire, et laisse l’ensemble des frais à la municipalité, un vrai cadeau empoisonné. Et ce cas n’est pas le pire. Sur les dix stades de la Coupe du monde, trois sont ce qu’on appelle des «éléphants blancs ».

«Ce sont des stades trop grands et trop onéreux pour pouvoir être utilisés après le Mondial sans générer de coûts supplémentaires », détaille l’OSEO.

Des maisons pour 2,4 millions de personnes

Enfin, il faut évoquer le sort des milliers de personnes qui ont été expulsées pour permettre l’installation du Mondial.

« Selon l’ONU, au moins vingt mille personnes […]ont été littéralement parquées dans des bidonvilles », rappelle l’OSEO. Elle conclut même par un constat déroutant : « Les dépenses en vue du Mondial auraient permis de construire des maisons pour 2,4 millions de personnes, parmi les 12 millions qui cherchent toujours un toit».