TURQUIE

Les Turcs votent clairement une révision constitutionnelle

Les Turcs votent clairement une révision constitutionnelle

Nette victoire pour le premier ministre Erdogan. Reporters

Les Turcs ont donné ce dimanche une nette victoire au gouvernement islamo-conservateur, en votant clairement "oui" à une révision constitutionnelle qui limite le pouvoir de la hiérarchie judiciaire et de l'armée, deux bastions de la laïcité.

Sur la base de 98 % des bulletins dépouillés, ce sont 58% des électeurs qui ont voté "oui" à l'occasion de ce référendum constitutionnel, ont annoncé les chaînes de télévision.

Ce résultat constitue un important succès pour le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, avant les élections législatives prévues pour l'été 2011.

Cette consultation, qui s'est déroulée 30 ans jour pour jour après le putsch militaire de 1980, portait sur un ensemble de 26 points divers, parmi lesquels une réorganisation de l'appareil judiciaire, bastion du camp laïque, hostile au Parti de la Justice et du Développement (AKP), au pouvoir depuis 2002.

Depuis cette date, l'AKP dirigé par M. Erdogan n'a perdu aucun scrutin. Aux dernières législatives de 2007, il avait obtenu 47% des suffrages.

"Ce scrutin avait des allures de vote de confiance pour l'AKP, et il l'a obtenu", a commenté l'analyste politique Tarhan Erdem sur la télévision NTV.

Mais pour Riza Türmen, ancien juge à la Cour européenne des Droits de l'Homme, le fait que plus de 40% des électeurs aient rejeté une nouvelle Constitution est un "gros problème" pour le gouvernement. "Une Constitution doit être le fruit d'un contrat social et il est évident que le nouveau texte n'en est pas un", a-t-il estimé sur CNN-Türk.

L'AKP, qui est issu de la mouvance islamiste, assure que cette réforme, votée en mai au Parlement, renforce les institutions démocratiques de la Turquie et constitue un atout dans sa candidature à l'Union européenne.

Saluée par les 27 comme "un pas dans la bonne direction", la révision limite les prérogatives de la justice militaire et modifie, au profit du pouvoir, la structure de deux instances judiciaires, bastions de la laïcité et adversaires du gouvernement : la Cour constitutionnelle et le Conseil supérieur de la magistrature (HSYK) qui nomme juges et procureurs.

L'opposition laïque et nationaliste affirme que cette réforme menace l’indépendance de la justice et remet en cause la séparation des pouvoirs, criant à un "diktat civil".

Pour l'opposition encore, un vote positif verra l'entrée de proches de l'AKP dans ces instances à la composition élargie, ce qui permettra de mieux contrôler le judiciaire avant les prochaines législatives.

Pendant les opérations de vote, des incidents ont éclaté dans le sud-est anatolien, majoritairement Kurde, où des militants ont empêché certaines personnes de se rendre aux urnes. La police a arrêté environ 90 personnes.

Le principal parti pro-kurde de Turquie avait appelé au boycottage, un pari réussi selon les observateurs, estimant que cette réforme ne renforcerait pas les droits des 15 millions de Kurdes.

Au total 49,5 millions d'électeurs, sur une population de 73 millions d'habitants, étaient appelés aux urnes.

Au cours de la campagne, l'AKP a évoqué à plusieurs reprises la période noire du putsch de 1980, affirmant vouloir briser "la tutelle des militaires", déjà sur la sellette en Turquie, où des dizaines d'officiers sont poursuivis pour complots contre le régime.

Cette révision constitutionnelle pourrait notamment permettre de juger les auteurs du coup d’Etat de 1980. L'armée, qui se veut un pilier de la laïcité, a renversé quatre gouvernements, depuis 1960.

La réforme soumet également la dissolution des partis politiques au contrôle du Parlement, dominé par l'AKP. Ce parti avait failli être interdit en 2008 pour activités antilaïques.

Et elle accorde de nouveaux droits aux fonctionnaires, et promet l'égalité des sexes et la protection des enfants.

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