SICARIO

Excursion au pays des cartels

Emily Blunt enfile son gilet pare-balles pour une virée chez les narcotrafiquants, en compagnie de Benicio Del Toro et Josh Brolin. Brillant.

 

Le film de la semaine
SICARIO
Thriller de Denis Villeneuve. Avec Emily Blunt, Benicio Del Toro et Josh Brolin. Durée: 2h02

 

 

 

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Denis Villeneuve. Mémorisez bien ce nom. Car, s’il ne fallait retenir qu’un seul réalisateur sur lequel compter ces prochaines années, ce serait lui. Depuis Incendies, drame familial au twist final hallucinant, le réalisateur québécois n’en fini pas d’aligner les claques cinématographiques. Peu importe le genre, il parvient toujours à ajouter ce petit plus, ce détail qui fait oublier le sachet de pop-corn (ou de chips, c’est pareil) pour nous river à l’écran.

Après une double collaboration avec Jake Gyllenhaal sur Prisoners et Enemy deux thrillers bien différents, mais tout aussi maîtrisés, il s’attaque maintenant aux cartels de la drogue. Bof, du déjà vu? Effectivement, mais pas avec la touche Villeneuve.

Nous atterrissons à la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Un lieu aride et étouffant, devenu une zone de non-droit où sévissent les pires trafiquants. Des types intouchables, bien à l’abri au sommet du réseau tentaculaire des cartels. Pour lutter contre cette plaie, le gouvernement américain a formé un groupe d’intervention d’élite, bientôt rejoint par Kate, jeune agent idéaliste du FBI.

Sa première virée au cœur de l’action installera le doute dans son esprit. Car, pour lutter à armes égales, il faut parfois oublier ce qu’on enseigne dans les écoles, pour coller à la réalité du terrain. Et de poser l’épineuse question des limites de la légalité, quand on se retrouve face à un ennemi sans foi ni loi.

Cette plongée sans filtre dans les rouages des cartels de la drogue ne se limite pas à quelques questions d’éthique, aussi pertinentes soient-elles. Là où Sicario fait clairement la différence, c’est par son atmosphère implacable, renforcée par une musique anxiogène. La peur hante chaque intervention, le danger est partout. Comme l’agent Kate (Emily Blunt, bluffante), on prend lentement conscience du désastre dans lequel baignent ces villes transfrontalières. Les images sont chocs, brutales, d’une violence non édulcorée. Elles ne semblent pourtant pas surréalistes. La ville de Ciudad Juarez, où a lieu l’essentiel de l’action, a longtemps été considérée comme la plus violente au monde. Les chiffres parlent d’eux-mêmes: 10 000 morts liées au trafic de drogue en cinq ans.

Le scénariste s’est longuement documenté avant de se mettre à écrire. Il sait donc de quoi il parle, un peu trop parfois. La compréhension des termes techniques, des références au système judiciaire américain ou encore des règles de fonctionnement des différentes agences gouvernementales, demande une certaine concentration. Ça tombe bien, on vous l’a dit, le sac de pop-corn est vite relégué au profit des époustouflantes images. Quand, en plus, elles sont servies par des Josh Brolin et Benicio Del Toro, habitués du genre, on ne fait pas la fine bouche.

Denis Villeneuve connaît la signification du mot «tension». Il nous le prouve à nouveau, magistralement. Sa came, c’est de la bonne!

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