Le balafreur masqué

Mais qui peut bien être le fameux Challat de Tunis? La réalisatrice a mené l’enquête. Abdel BELHADI

Une légende dit qu'en 2004, un motard armé balafrait les fesses des filles trop peu vêtues de Tunis. Une légende, vraiment?

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Ce que ça raconte

À Tunis, tout le monde le connaît le Challat mais personne ne l’a jamais vu. L’histoire remonte à 2004, avant la révolution. On raconte qu’un homme sur une moto armé d’une lame («challat») passait derrière les femmes, et balafrait les fesses de celles trop peu vêtues à son goût. Véritable vengeur masqué ou légende urbaine? Les témoignages sont confus. Certaines disent l’avoir vu, d’autres prétendent qu’il n’a jamais existé. Les uns le glorifient, les autres le condamnent. Les journaux ont dit qu’il a été arrêté…

Dix ans après, dans une Tunisie post-révolution où les langues se délient et les archives s’ouvrent, Khaouter Ben Hania prend sa caméra, et part dans les rues de la capitale à la recherche de la vérité.

Ce qu’on en pense

 

 

Pas tout à fait un docu, mais pas tout à fait une fiction non plus: Le Challat est un «documenteur», comme l’appelle sa réalisatrice. Car si le film part d’une histoire vraie, Khaouter Ben Hania n’hésite pas à brouiller les pistes grâce à un habile travail de scénario et de montage. Comme ce casting qu’elle organise, invitant le Challat à se présenter pour incarner son propre rôle, via une annonce placardée dans les rues.

Résultat: une vingtaine d’hommes se présentent! Qui est acteur et qui ne l’est pas? Qui est le Challat, et qui prétend l’être? Avec malice, courage et une bonne dose d’humour (qui aide à contrer le cynisme parfois étouffant du sujet), le film questionne habilement la place de la femme dans la société tunisienne – et dans le monde. Une expérience de cinéma aussi sagace que divertissante, qui soulève autant de questions qu’elle ne pose.

Docu-fiction de Khaouter Ben Hania. Avec Jallel Dridi, Moufida Dridi et Narimène Saidane. Durée: 1h30.

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