BELGIQUE

Agriculteurs à Bruxelles: 1.455 tracteurs, 7.000 manifestants, 3 policiers blessés

Plusieurs milliers d’agriculteurs sont arrivés ce matin à Bruxelles pour la grande manifestation de ce lundi. Voici tout ce qu’il faut savoir.

Ce qu'il faut savoir

Qui? Des agriculteurs venus de tout le pays mais aussi de France et d'Allemagne débarquent à Bruxelles.

Combien? Pas moins de 1.000 tracteurs et 5.000 agriculteurs étaient attendus dans les rues de la capitale. Vers 11h, ces chiffres semblent se confirmer. Il y a notamment eu deux colonnes d'environ 300 tracteurs, une sur l'E40 et l'autre sur l'E411.

Quand? Les manifestants se sont élancés dès l'aube pour arriver vers 9h30. Le grand rassemblement était prévu dans le quartier Schuman à 11h. Ils devraient quitter Bruxelles vers 16h.

Pourquoi? La crise du lait. Les agriculteurs souhaitent exprimer leur colère en marge d'un conseil des ministres européens de l'agriculture.

Bilan chiffré: Le cortège parti de la gare du nord lundi vers 11h15 pour rejoindre les agriculteurs stationnés au rond-point Schuman, devant les institutions européennes, était composé de 4.800 personnes à pied et de 385 tracteurs, selon la porte-parole de la police de Bruxelles Ilse Van de Keere. Elle précise qu'avec 1.455 tracteurs dénombrés en tout dans la capitale, le nombre de manifestants doit au moins atteindre les 7.000 personnes.
Deux policiers ont été blessés durant de la manifestation. L'un deux a été hospitalisé pour une blessure à la jambe. Le second a été soigné sur place. Il n'y a pas eu d'arrestation. Les policiers n'ont pas eu connaissance de manifestant blessé.

Incidents: La police a chargé et fait usage de gaz lacrymogènes à l'encontre des agriculteurs regroupés sur le rond-point Schuman. Ceux-ci visaient les agents avec toutes sortes de projectiles, dont des pavés arrachés au sol et des bouteilles, a constaté l'agence Belga, vers 16h. Les autopompes sont également régulièrement utilisées pour tenter de disperser les manifestants et éteindre les objets enflammés par les agriculteurs.

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Quelles perturbations?

Deux actions distinctes étaient prévues à Bruxelles. Pour la première, le point de rendez-vous était donné à 11h au rond-point Schuman.

Dans le même temps, une manifestation était également prévue entre la gare du Nord et toujours la place Schuman. Un cortège de 3 000 agriculteurs européens et des centaines de tracteurs devait se déplacer entre la gare du Nord et la place Schuman (voir l’itinéraire ci-dessous):

Ce cortège devait en plus être rejoint par deux autres colonnes formées respectivement de plusieurs centaines de participants à hauteur de l’avenue d’Auderghem et du parc Léopold.

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En Wallonie, les perturbations concernaient surtout l'E40 et l'E411 où deux colonnes de 300 tracteurs chacune se sont formées vers la capitale. Le nombre de bouchons cumulés n'a toutefois pas atteint des sommets, atteignant au pire environ 215 kilomètres.

Concernant la STIB, la station de métro Schuman reste fermée toute la journée de lundi. Les arrêts Charlemagne, Froissart, Breydel, Parc Léopold (bus 21), Livingstone (22) et Ambiorix (22) ne seront par ailleurs pas desservis. Il était conseillé aux usagers de rejoindre les arrêts Maelbeek (depuis Parc Léopold, Charlemagne, Livingstone ou Ambiorix), Nerviens (depuis Breydel) ou Froissart (arrêt provisoire rue Belliard) pour emprunter les bus. La Stib précisait que les lignes de tram 92 et 93, et de bus 14, 27, 29, 47, 57, 58, 61, 63, 64, 65, 66, 80 et 88 seront touchées par les perturbations liées à la manifestation, puisqu’elles se trouvent sur le parcours.

D’où viennent les tracteurs?

Plusieurs colonnes de tracteurs avaientt prévu de se diriger vers Bruxelles. Principalement en provenance de Wallonie:

– Départ de Habay (sortie 29) vers 5h15 en passant par Libramont, Achêne, la Nationale 4, Bouge, Thorembais, Wavre et le carrefour Léonard

– Départ de Tournai Expo vers 6h30 et passage par Leuze, Ghislenghien, Rebecq et Bierges

– Départ de Beaumont vers 6h et passage par Philippeville, Florennes, Metter, Gembloux Corroy-le-Grand et Bierges

– Départ de Battice vers 6h30 et passage par Soumagne, Fléron, Oreye vers Tirlemont et Louvain

Les détails sur le site de la Fugea.

Pourquoi cette colère des agriculteurs?

Les agriculteurs viennent défiler dans les rues de la capitale pour dénoncer la chute constante de leurs revenus, qui menace selon eux la survie de nombreuses exploitations.

En Wallonie, sur 12800 exploitations agricoles, 14% sont spécialisées dans le lait et 12% sont «mixtes» (viande bovine et lait), produisant 1,3 milliard de litres par an, à comparer aux 150 milliards de litres produits dans l’Union européenne.

Ces producteurs sont désormais aussi déprimés que les prix qui, après la crise de 2009, s’étaient redressés jusqu’en 2013-2014, avant de chuter: en juin dernier, le prix moyen du litre de lait vendu par le producteur était de 28,2 centimes d’euro, soit 25% de moins qu’un an auparavant.

Les causes de cette baisse ne sont pas unanimement partagées. Certains font valoir la volatilité générée par la suppression des quotas laitiers le 1er avril dernier, qui a entraîné une surproduction néfaste car conjuguée à l’essoufflement de la consommation mondiale. La décision de la Chine de réduire ses importations de 20% de lait pèserait lourd à cet égard. Mais la crise de 2009 avait eu lieu à une époque où les quotas régulaient encore le marché.

D’autres mettent l’accent sur l’embargo russe. Si ses effets se font sentir en Belgique pour la poudre de lait, c’est surtout par ses répercussions indirectes que l’embargo pèse: des États voisins du géant russe, comme les pays baltes, se voient privés de leur plus important débouché, augmentant donc la production restant en Europe et faisant pression sur les prix.

Les prévisions ne sont pas optimistes pour les 4 à 5 mois à venir, même si un redressement est attendu en 2016. Largement le temps toutefois pour certaines exploitations de mettre la clé sous la porte, selon les fédérations agricoles.

Face à cette crise qui menace de devenir structurelle, la France et la Belgique sont à la pointe de la contestation et ont obtenu la tenue d’un conseil extraordinaire des ministres européens de l’Agriculture, ce 7 septembre à Bruxelles.

La Belgique espère une annonce dès lundi sur une aide de trésorerie pour les secteurs laitier et porcin, peut-être via une mobilisation de fonds provenant du «superprélèvement», la cagnotte des pénalités sur les dépassements de quotas laitiers. Quelque 450 millions d’euros non budgétés auraient été accumulés dans cette cagnotte et l’Allemagne, poids lourd de la PAC jusqu’ici réticente à ponctionner le super-prélèvement, semble plus encline à le faire sous la pression de ses agriculteurs.

L’Europe devrait accepter sans trop de difficultés l’anticipation des paiements sur les aides directes de la Politique agricole commune (PAC), une mesure non coûteuse qui ne réclamerait que le renoncement temporaire à certains contrôles. Mais la Commission européenne devrait en revanche se raidir sur la demande d’un relèvement – même très temporaire et encadré – du prix d’intervention, ce seuil de 17 centimes le litre – inaccessible pour les pays producteurs d’Europe occidentale – à partir duquel l’Union consent à acheter et stocker du lait avant de le revendre une fois le marché revigoré.

Le commissaire à l’agriculture, Phil Hogan, craint en effet de renforcer la suproduction en ouvrant plus largement la perspective du stockage.

À plus long terme, la Belgique réclame un mécanisme de stabilisation des prix, un discours régulationniste difficilement audible dans certaines capitales du Conseil européen. Dans leurs revendications, la Belgique et la France devraient pouvoir compter sur le soutien des pays méditerranéens tels que l’Espagne, l’Italie ou la Grève, ainsi que sur les Pays baltes où la crise est plus aiguë. Mais la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et d’autres pays nordiques sont en revanche plus fermés à tout mécanisme de régulation.

L’Allemagne, elle aussi réticente, montre des signes d’ouverture pour débloquer des aides à la modernisation. «Mais attention, tempère le ministre wallon de l’Agriculture René Collin, à ne pas garder que les grandes exploitations au détriment des moyennes». Le ministre ne se dit pas optimiste sur les positions que s’apprête à défendre la Commission, et qui pourraient se réduire à quelques aides nouvelles et le renfort des moyens de promotion.

«On va à la confrontation», résumait vendredi Luc Hollands, représentant du groupement de producteurs de lait MIG.